vendredi, mai 8 2009
À la rencontre d'une artiste qui fait le pont entre les arts contemporain et narratif : Sarah Debove
Par Morgan Magnin le vendredi, mai 8 2009, 20:43 - Artistes
lundi, décembre 1 2008
Largo Winch, de Jérôme Salle, d'après la BD de Jean Van Hamme et Francq
Par Morgan Magnin le lundi, décembre 1 2008, 00:05 - Films inspirés d'une BD
Nous avons droit, en cette fin d'année, à un véritable foisonnement cinématographique autour des œuvres phares de Jean Van Hamme. Entre le film de XIII, diffusé sur Canal + durant le mois de décembre, et la sortie du long métrage adapté de Largo Winch, les amateurs de thriller financier et politique devraient en avoir pour leur argent. Je me focaliserai ici sur l'oeuvre de Jérôme Salle, basée sur les quatre premiers tomes de la BD de Francq et Van Hamme.
Le samedi 29 novembre dernier, le cinéma Pathé Atlantis proposait une journée dédiée à Largo Winch : projection du long métrage en avant-première en présence de l'équipe du film, dédicace de Francq, Jérôme Salle et Tomer Sisley, ... Le personnage de milliardaire aventurier créé par Jean Van Hamme il y a 30 ans est plus que jamais sous le feu des projecteurs !
Le film s'ouvre sur l'assassinat de Nerio Winch, magnat de l'industrie, image même du self made man à l'ancienne. C'est justement le moment que choisit un ancien marchand d'armes reconverti dans les affaires pour lancer une OPA sur le groupe W, dont Nerio occupait la tête. Ne pouvant supporter d'être plus longtemps déstabilisé, le conseil d'administration du groupe W est conscient de la nécessité impérieuse de désigner un nouveau dirigeant. C'est sans compter sur le secret que Nerio Winch gardait précieusement : il s'était trouvé un fils, un garçon qu'il avait adopté voilà plus de 20 ans. Cette révélation ne fera pas que des heureux parmi les ambitieux du groupe. Pour réussir à s'imposer, Largo devra non seulement prouver qu'il était adoubé par Nerio, mais aussi qu'il possède toutes les aptitudes pour occuper le poste. Une tâche d'autant plus difficile à accomplir qu' il est menacé par un complot visant à l'écarter.
"Adapter, c’est trahir" avait déclaré Claude de St Vincent, directeur général adjoint du groupe Média-Participations, pour justifier les libertés prises par le dessin animé de Valérian. Le même constat s'applique pour bien des films inspirés de BD européennes ou américaines. En guise de parenthèse, nous relèverons juste que les Japonais font généralement le choix inverse et restent au plus proche du format papier, et ce avec plus - Death Note - ou moins - Nana - de succès (en attendant de découvrir, le 14 janvier prochain, l'adaptation cinématographique de 20th Century Boys).
Mais revenons au sujet qui nous occupe ici, à savoir les aventures de ce minot de 26 ans qu'est Largo Winch, plus habile pour tomber les femmes que pour porter le costume-cravate du bon business-man. Les scénaristes se sont accordées une bonne marge de manoeuvre par rapport au matériel originel qu'ils avaient à leur disposition (Simon Ovronnaz manque à l'appel, le QG du groupe W est implanté en plein dans Hong-Kong, le machiavélisme de Nerio est un peu gommé), mais sans trahir l'esprit insufflé par Van Hamme. On est ainsi loin de la déception qu'avaient constitué les 38 épisodes de la série TV. L'adaptation est intelligente, elle conserve l'essence de l'œuvre originelle (la paternité, la trahison, les intrigues financières) tout en tirant parti des spécificités du cinéma (flash-back, plans sur l'île de Sarjevane, etc.). Les gardiens du temple crieront peut-être au scandale. Ils oublient malheureusement un peu vite que la BD est elle-même une adaptation. La proposition cinématographique de Jérôme Salle est tout à fait louable : elle réussit à la fois à interpeller le spectateur qui a déjà lu la version papier et à happer le néophyte. Le film n'est bien sûr pas exempt de défauts, à l'instar de scènes d'action convenues et de quelques longueurs. C'est d'ailleurs quand elle s'éloigne de l'action pour décrire les rapports entre les personnages que la réalisation sonne le plus juste. Les faiblesses du long métrage sont ainsi compensées par de vrais morceaux de bravoure, notamment dans le portrait des relations qu'entretient Largo avec sa famille adoptive. Saluons l'audace du casting, qui donne à un humoriste méconnu du grand public, Tomer Sisley, le rôle titre. Un choix payant car on ne doute pas une seule seconde de sa crédibilité dans la peau du jeune milliardaire. Kristin Scott Thomas fait également forte impression dans le rôle d'une femme de poigne du groupe W. Vous l'aurez compris, Largo Winch constitue une des bonnes surprises de cette fin d'année, un agréable divertissement qu'on soit - ou non - lecteur de la BD.
La projection du film était suivie d'une rencontre avec la presse dont vous trouverez la retranscription également dans ces pages.
Largo Winch, de Jérôme Salle
Sur un scénario de Jérôme Salle et Julien Rappeneau
D'après la BD de Jean Van Hamme et Philippe Francq
Avec Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Gilbert Melki, Mélanie Thierry, ...
A partir de 13 ans
Sortie française : 17 décembre 2008
Rencontre avec Jérôme Salle, Tomer Sisleys et Francq autour du film Largo Winch à Nantes
Par Morgan Magnin le lundi, décembre 1 2008, 00:02 - Films inspirés d'une BD
Au cours de la rencontre qui a suivi la projection presse de Largo Winch, Jérôme Salle (réalisateur), Tomer Sisley (acteur incarnant Largo) et Philippe Francq (dessinateur de la BD) sont revenus sur la genèse de cette ambitieuse production française.
Quand on réalise un film d'action comme Largo Winch, comment cherche-t-on à se placer par rapport aux films d'action américain ?
Jérôme Salle : Largo est un film d'aventure plutôt qu'un film d'action. Ceci précisé, je reconnais que nous sommes obligés de rivaliser avec les films américains. Car pour disposer d'un budget suffisamment confortable pour ce genre de production, on est obligé de vendre les droits dans le monde entier. Du coup, par effet de levier, on est obligé d'élever le niveau. Il importe toutefois de ne pas copier les Américains. Il faut faire avec ce que nous sommes, avec notre culture.
Comment avez-vous géré la prise de liberté nécessaire à une adaptation cinématographique ? Entre autres, comment vous êtes-vous placé par rapport aux fans de la BD ?
Jérôme Salle : J'avais lu une interview très sensée de Georges Lucas - et il a sacrément plus de bouteille que nous dans le domaine ! - à propos d'Indiana Jones : "Chaque fan a sa propre idée concernant vos héros. Il faut toutefois s'en affranchir et prendre le parti de poursuivre avec sa propre sensibilité". J'ai justement essayé de proposer mon adaptation, ma vision de la BD. Dans ce processus, ce qui m'apparaissait vraiment essentiel, c'était d'identifier l'esprit de la BD et de le conserver. Mon idée était de proposer, avec d'autres moyens, le même plaisir, la même jubilation que l'on éprouve devant l'œuvre originelle.
Philippe Francq : Vous ne ressentiriez pas de suspense si l'adaptation cinématographique était un simple décalquage du film. À titre personnel, j'étais assez enthousiaste la première fois où j'ai vu le film. J'étais véritablement capté et je me suis laissé entraîner dans l'histoire.
Justement Philippe, en tant que dessinateur, quelle est votre réaction quant aux différences que le film introduit par rapport à la BD ?
Philippe Francq : Tout d'abord, il ne faut pas oublier que Largo Winch fut d'abord un roman de Jean Van Hamme ! La BD est elle-même une adaptation. Je ne me sens donc pas propriétaire du personnage. Jean et moi sommes les premiers à apporter du changement dans nos histoires, dans la constitution de nos personnages. Il y a quelque chose de très agréable à prendre à contre-pied les habitudes des lecteurs. D'ailleurs, dans les deux prochains tomes, pas mal d'éléments vont être chamboulés. À titre d'exemple, cela fait dix ans que je supplie Jean de pouvoir mettre en place un nouveau building pour le groupe W. L'actuel est complètement dépassé : ce n'est guère étonnant, il est sensé avoir été conçu à l'époque de Nerio Winch. On va également pouvoir changer de ville grâce à ce que Jean met en place dans les nouveaux scénarios.
Dans le film, je trouve vraiment audacieux et intéressant le fait d'avoir donné au personnage de Kristin Scott Thomas le rôle de n°2 du groupe. Nous avons nous aussi intégré cette féminisation du monde professionnel dans nos albums : on essaie de maintenir le groupe W à la page, nous y avons peu à peu intégré des femmes. Le propre des BD contemporaines, c'est justement qu'elles peuvent évoluer avec le monde. C'est aussi l'avantage des séries dont de nouveaux albums sont publiés régulièrement. Je peux par exemple, au fil des années, modifier la tenue vestimentaire de Largo par petites touches, changer des éléments, les mettre à jour.
Je pense que le jour où j'arrêterai de dessiner Largo Winch, je proposerai à un dessinateur de poursuivre la série. Je ne vais pas faire comme Hergé et figer la série dans le temps. J'ai envie que le personnage continue à exister après moi. Sous d'autres traits, peu importe. De mon point de vue, le personnage que Jean Van Hamme a inventé correspond à une nouvelle manière d'envisager ce qu'est un héros.
Par contre, tant que je suis aux commandes, je tiens à tout maîtriser. Pour prendre un exemple concret : il n'y aura pas de spin off basé sur la BD aussi longtemps que je serai maître à bord. Quand j'aurai passé le témoin, plus tard, peut-être. Mais j'ai la chance d'être encore jeune et je tiens à assurer une qualité constante à la série.
Jérôme, Jean Van Hamme a-t-il travaillé de concert avec vous sur le scénario ?
Jérôme Salle : Quand j'ai rencontré Jean Van Hamme pour la première fois, je lui ai tout de suite dit que la réalisation du film impliquerait nécessairement certaines trahisons. Et très vite, nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il n'était pas la personne la mieux placée pour faire une nouvelle adaptation de Largo Winch. J'ai écrit le scénario avec Julien Rappeneau. Nous avons régulièrement revu Jean Van Hamme lors de déjeuners informels au cours desquels il nous faisait part de ses impression. Mais nous avons vraiment pu travailler librement. C'était très agréable car Jean et Philippe nous ont fait confiance.
Au niveau de l'écriture, nous avons essayé de retranscrire les deux degrés de lecture que propose la BD, entre action et description intimiste de certaines relations.
Tomer, avez-vous ressenti de la pression lorsqu'on vous a proposé ce rôle ? Avez-vous hésité ?
Tomer Sisley : Pas du tout. Bien sûr, on a des craintes au moment des essais, on espère que l'on va être retenu. Et puis, une fois que j'ai été appelé, j'ai éprouvé beaucoup d'excitation. Il n'y a plus aucune raison d'avoir peur à partir du moment où on m'appelle : cela veut dire qu'on me souhaite et qu'on m'attend.
Jérôme, n'était-ce pas un pari osé que de choisir un acteur méconnu pour jouer le personnage principal ?
Jérôme Salle : Je suis persuadé que c'est beaucoup plus intéressant, pour le public, de découvrir un nouveau visage. D'ailleurs, souvent, les spectateurs se plaignent de toujours voir les mêmes têtes dans les films. Mais dans la phase de production du film, beaucoup considéraient ce choix comme une erreur. Heureusement, j'étais sûr de moi. C'était indispensable étant donnée, par ailleurs, la violence de la réaction de certains fans.
Tomer Sisley : Comme nous l'avons dit plus haut, ce film est une adaptation. Au cinéma, une histoire se raconte différemment que dans un roman ou dans une BD. À ce sujet, je voudrais réagir à une remarque que l'on entend souvent de la part des amateurs de la BD : "pourquoi Simon (un des personnages principaux de la série, le meilleur ami de Largo) n'est-il pas présent dans le film ?" C'est simplement qu'il n'avait pas sa place dans ce film. Pour tout vous dire, dans les premières versions du scénario, il était prévu qu'il apparaisse. Mais il n'aurait pas pu exister et avoir la place qu'il méritait. C'est Jean Van Hamme lui même qui a dit aux scénaristes d'enlever ce personnage.
Peut-on alors imaginer que ce personnage soit introduit dans le prochain film ?
Jérome Salle : (rires) Les producteurs ont habilement laissé fuité qu'il y pourrait y avoir une suite. Mais cela dépend avant tout de la réussite du long métrage qui sort sur les écrans le 17 décembre. Quand on a commencé à travailler sur le projet, on ne s'est jamais dit qu'on en ferait un, et puis peut-être deux, et même trois. Il est déjà bien assez difficile de monter un seul film ! S'il y a une suite, je serai ravi d'y participer. Mais rien n'est formalisé à l'heure actuelle.
Tomer Sisley : Un Largo 2 me tente, oui, s'il est fait avec la même équipe. C'était un vrai bonheur !
Remerciements à Thierry Rocourt (groupe Europalaces), Nathalie Rézeau et Jean-Marc Vigouroux (Le Kinorama).
mercredi, juillet 30 2008
Compte-rendu de Japan Expo / Kultiverse 2008
Par Morgan Magnin le mercredi, juillet 30 2008, 09:00 - Festivals
Kultiverse : une tentative pour fédérer les univers cultes
La SEFA a en effet décidé de profiter de la notoriété de Japan Expo pour lancer un label encore plus vaste et ambitieux : "Kultiverse, le salon des univers cultes" est sensé rassembler sous la même bannière quatre salons différents, Kultima (lancé en même temps que Chibi Japan Expo à l'automne dernier), Azikult, Kultigame et, bien entendu, Japan Expo. Azikult et Kultigame sont les petits nouveaux du quatuor, dédiés respectivement à la culture asiatique et aux jeux (notamment vidéo).
Certains ont reproché un manque de lisibilité de ces différentes structures au sein du festival. La critique est justifiée car chaque partie aurait gagné à disposer d'une identité visuelle propre au sein même du festival (à travers des couleurs dédiés sur le plan ?). S'il n'était pas trop difficile de comprendre comment s'articulaient Japan Expo, Kultima, Azikult et Kultigame lorsqu'on passait au moins deux jours dans le salon, la chose était moins évidente pour ceux qui n'étaient que "de passage". Le nombre de compte-rendus faisant simplement état de "Japan Expo" et non de la globalité des trois salons qui y était accolés est là pour en attester. Si la stratégie de développement de la SEFA est compréhensible (profiter de la notoriété de Japan Expo pour propulser sur le devant de la scène des festivals "dérivés", un peu à la manière des spin-off chers aux séries américaines), elle n'en génère pas moins un certain flou pour le visiteur lambda. Ce sera là ma principale et seule véritable critique quant à l'organisation de la manifestation.
Des avancées notables en termes d'organisation
Car, pour le reste, force est de reconnaître que la SEFA a su tirer la leçon de ses erreurs passées. L'attente pour entrer dans Japan Expo était, jusqu'à maintenant, redoutée même lorsqu'on avait une pré-vente ? Tout ceci est désormais terminé. La queue est fluide (pour peu, bien entendu, qu'on n'arrive pas avant l'ouverture du salon - cela semble couler de source) et très bien gérée. Impossible d'assister au cosplay sans faire des heures et des heures de queue ? Là encore, cette époque est révolue : le salon organise le concours dans un hall pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes, avec trois écrans géants permettant même aux plus éloignés de suivre ce qui se passe sur scène. Un certain nombre d'esprits chagrins se bornent chaque année à déplorer le côté commercial de l'événement ? Qu'à cela ne tienne, le salon propose de plus en plus d'activités culturelles, à commencer par la découverte de chanteurs et groupes japonais, allant de jeunes artistes qui percent progressivement (AciD FLavoR) à des groupes plus confirmés (Miyavi), du hard rock (Machine) à la pop (Scandal). Une fois entré dans le salon, le visiteur pouvait ainsi assister chaque jour à trois concerts différents. Une initiative qu'il est bon de saluer et d'encourager vivement tant la démarche est remarquable. Nous n'avons pu assister à l'ensemble de ces prestations, mais les concerts de Betta Flash et de AciD FLavoR nous ont enthousiasmé !
Les stands professionnels sont, d'année en année, plus impressionnants. Kana a, comme à l'accoutumée, fait forte impression avec un Naruto géant qui semblait protéger le salon de sa bienveillance. Nintendo n'était pas en reste avec une équipe de Pokemon dépêchée spécialement pour l'occasion. Sans parler de la 2e convention Ankama qui étonne toujours autant par son insolente réussite : l'entreprise lilloise, à l'origine du jeu vidéo en ligne Dofus, est une des plus belles success story françaises de ces dernières années. L'équipe d'Ankama était présente en force pour promouvoir leurs jeux (notamment Wakfu, dont le dessin animé éponyme sera diffusé à la rentrée sur France 3), leurs bandes dessinées et, plus généralement, une certaine manière de soutenir le dynamisme créatif à la française.
Les Japonais en force au festival !
Du côté japonais, le nombre croissant de stands en provenance directe du Pays du Soleil Levant se confirme. Et il ne s'agit pas seulement de commerçants venus vendre leurs produits en exclusivité.
Car la maison d'édition Shueisha a frappé un grand coup avec un très bel espace consacré aux 40 ans du magazines de pré-publication Weekly Shônen Jump. Les plus grandes séries de Jump étaient mises à l'honneur, avec une exposition de reprographies (de grande qualité) de planches originales de Death Note, Bleach, Naruto, Dragon Ball... L'éditeur japonais en profitait également pour sonder le public quant à son intérêt pour la lecture de mangas sur téléphone portable. Une dizaine de portables Domoco était disponible en libre accès pour découvrir les transpositions numériques (et en couleurs) des titres sus-cités. Comme ci cela ne suffisait pas, Japan Expo fut l'occasion, pour Jump, de lancer son portail Internet exclusif destiné au public européen : Jumpland. Ce dernier permet de lire en ligne, en toute légalité, les premiers chapitres de plusieurs oeuvres cultes (pour l'instant gratuitement)... Le premier pas vers, à long terme, une mise en ligne directe par l'éditeur japonais des mangas qu'il publie ? Cet intérêt des Japonais pour le marché mondial n'est guère étonnant tant le manga est devenu un incontournable de la culture mondiale. Jumpland propose également un blog permettant de suivre les différents événements consacrés à Jump à travers le monde. C'est ainsi l'occasion de découvrir une partie des coulisses et d'apprendre, par exemple, que Takeshi Obata a pu goûter aux vertus de la raclette au coeur de l'espace V.I.P. de Japan Expo.
La venue d'un certain nombre d'auteurs majeurs a contribué au prestige de la neuvième édition de Japan Expo. Si les plus grands étaient (logiquement) difficilement accessibles en termes de dédicaces, tous pouvaient être plus aisément approchés lors de conférences ouvertes au public. La forme de ces interventions était fonction des souhaits de l'auteur et de son éditeur (son tantô), de sorte qu'aucune intervention ne se ressemblait. La discussion avec Takeshi Obata (dessinateur de Death Note et Hikaru No Go) fut articulée autour de questions/réponses visiblement convenues en amont avec le mangaka, ne laissant ainsi aucune place aux éventuelles questions du public. A contrario, la rencontre avec Yoshiyuki Sadamoto (chara-designer d'Evangelion et du long-métrage La Traversée du Temps) donna l'impression d'assister à une conférence de presse (où chacun peut interroger directement l'auteur), la cohérence globale des questions en moins. L'interactivité n'est donc pas toujours l'idéal pour donner naissance à un débat réellement enrichissant. Le public est ressorti globalement plus satisfait de la conférence de M. Obata que de celle de M. Sadamoto, la première étant bien mieux huilée (questions pertinentes posées à l'auteur et à son tantô, deux dessins réalisés en direct par l'auteur) que la deuxième. Le reste des rencontres était ainsi à l'avenant, dépendant beaucoup de la personnalité des personnes mises à l'honneur.
Des amateurs de plus en plus professionnels
En face de cette débauche de moyens, les amateurs n'étaient pas en reste pour faire vivre le salon. Les fanzines mettaient en avant de bien belles choses, avec des ouvrages toujours plus soignés et sophistiqués. Le passage à un statut professionnel d'un certain nombre d'auteurs se confirme d'année en année. C'est ainsi que les sœurs Ung dédicaçaient leur premier album paru chez Soleil (le très coloré Lolita Jungle) ou que Virak et Marie Tho étaient présentes sur le stand Shogun (pour des mangas - respectivement Le Ciel d'Eden et Pity - à paraître en fin d'année/début d'année prochaine). En attendant l'an prochain où nous espérons voir notre chère Rosalys invitée pour dédicacer Fly For Fun aux éditions Foolstrip.
Comment ne pas évoquer également l'incroyable dynamisme de la S.O.S. Brigade, stand sur lequel les fans de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya assuraient la promotion de leur œuvre fétiche ? On ne compte plus le nombre de Hare hare yukai (la danse correspondant au générique de fin de cette série) qui, tels des happenings festifs, se sont tenus aux quatre coins de la manifestation du jeudi au dimanche. L'enthousiasme de ces jeunes faisait plaisir à voir. Il illustrait également le perpétuel renouvellement des générations qu'opère la communauté des amateurs d'animation japonaise (la moyenne d'âge de la vingtaine de personnes qui constituaient la S.O.S. Brigade étant d'environ 19-20 ans).
Cosplay prism power, make up!
Enfin les grands classiques que sont le karaoke et le concours de cosplay étaient bien entendu au rendez-vous. Le cosplay a, comme à l'accoutumée, remporté un vif succès, avec des costumes de toute beauté. Poursuivons justement sur des considérations vestimentaires en évoquant une évolution notable dans les allées de Japan Expo au fil des années : de plus en plus de personnes viennent au salon habillées selon la mode japonaise ou, de manière plus surprenante, déguisées tels des héros de dessins animés. L'apparition de boutiques vendant (de manière pas toujours très légale) des costumes tirés des principales séries à la mode, tout comme l'essor des offres de cosplay faits main sur Internet (notamment eBay), permettent ainsi à chacun de se prendre pour ses personnages préférés et ce, même si on ne dispose pas de talents de couturier. Les spécialistes des concours de cosplay regretteront peut-être cette tendance. Il n'en reste pas moins que cela donne de la couleur au festival et contribue ainsi à l'immersion du visiteur dans la culture visuelle japonaise. La SEFA avait d'ailleurs pris conscience, en amont, de ce phénomène puisque que le festival comportait une scène 100% Cosplay permettant à chacun de "se montrer, même sans prendre part aux compétitions."
Rassembler différentes communautés sous un même étendard
Sans surprise, la culture asiatique constituait clairement le fer de lance de cette première édition de Kultiverse. Si les jeux vidéos n'étaient pas en reste (avec de gros stands dédiés à Nintendo, Namco-Bandai, etc.), les animations de la section Kultima paraissaient beaucoup moins enjouées. Les activités y semblaient plus statiques. Les grands auteurs venus dédicacer pour l'occasion (entre autres Moebius) ne donnaient pas tous de conférence, retombant ainsi dans les travers classiques des festivals de BD franco-belge, quand seule la dédicace compte.... Difficile de faire bouger les lignes de séparation entre des univers complémentaires mais que certains se sont longtemps échinés à opposer.
Nous tenons donc, pour conclure, à inciter la SEFA à poursuivre ce rapprochement entre les différents univers cultes, à prévoir - pour l'avenir - des activités mêlant les différents mondes (à commencer par des conférences communes, même si la logistique est évidemment plus lourde quand des auteurs étrangers sont invités à intervenir en même temps que des Français). Les rencontres qui en émergeront aboutiront sans aucun doute à de beaux métissages trans-culturels. Rendez-vous est pris, en tout cas, pour l'été prochain afin de découvrir la deuxième édition de Kultiverse. D'ici là, les plus impatients pourront se retrouver au salon Chibi Japan Expo, du 31 octobre au 2 novembre à Paris-Est Montreuil.
Pour aller plus loin
- Le très complet compte-rendu de Pazu d'Animint : L'aventure continue, partie 1 et partie 2.
- Le bilan de visiteuse de Rosalys
- ActuaBD rapporte le ressenti de certains professionnels sur Japan Expo : Japan Expo - 9ème Impact : Bilan et perspectives
- Une sublime sélection de photos de l'événement par Florian Fromentin
- Le dossier de Christophe Sauveur sur la neuvième édition de Japan Expo.
- Ma galerie photo personnelle sur l'événement.
mercredi, juillet 9 2008
Rencontre avec Isao Takahata à Nantes
Par Morgan Magnin le mercredi, juillet 9 2008, 19:06 - Films d'animation
Isao Takahata (réalisateur, entre autres, du Tombeau des Lucioles et de Mes Voisins les Yamada au studio Ghibli) a profité de l'inauguration de l'exposition "Mondes et merveilles du dessin animé. Grimault. Takahata. Miyazaki" à l'Abbaye de Fontevraud pour passer quelques jours en France en ce début de semaine. C'est dans le cadre de ce séjour que ce grand auteur japonais a fait un détour par Nantes. Le cinéma Le Katorza lui consacrait une soirée spéciale, avec la diffusion du Roi et l'Oiseau de Paul Grimault (long métrage qui a provoqué, de l'aveu même de M. Takahata, un "déclic" dans son parcours artistique) et du Tombeau des Lucioles. La projection était suivie d'une rencontre-débat au cours de laquelle le public a pu questionner directement ce maître de l'animation nippone.
M. Takahata entretient de longue date une relation privilégiée avec la France. Il a en effet étudié la littérature française à l'Université de Tôkyô. C'est dans les années 50 qu'il découvre le travail de Paul Grimault, à travers La Bergère et le Ramoneur (qui correspond au premier montage - désavoué par M. Grimault lui-même - du film qui deviendra plus tard Le Roi et L'Oiseau). C'est un tournant. Isao Takahata explique que c'est grâce à ce film qu'il a pu véritablement cerner les modalités de la conception cinématographique. Et que s'il a choisi l'animation, ce n'est pas parce que ce medium recèlerait des possibilités formelles plus étendues que la prise de vue réelle. Il n'y a pas, selon lui, d'opposition ou de hiérarchie entre ces Il s'est tourné vers le dessin animé car, dit-il, "les modalités de l'animation semblaient mieux correspondre à [son] état d'esprit." Et M. Takahata d'ajouter : "Par exemple, même pour Le Tombeau des Lucioles, je n'ai jamais eu l'impression de réaliser un film qu'il aurait été possible avec le cinéma en prises de vue réelles. Dans l'adaptation animée que j'ai réalisée, j'ai la sensation que nous avons réussir à montrer une certaine conception de la vie et de la mort. Maintenant, avec la nouvelle adaptation "live" du Tombeau des Lucioles qui va sortir au cours de l'été au Japon, les spectateurs pourront certainement mieux cerner les possibilités propres à chaque registre. Je suis très curieux de voir les choix de mise en scène qui auront été opérés."
Il faut savoir que M. Takahata se définit plutôt comme metteur en scène que comme auteur. Il explique en effet que la plupart des séries qu'il a réalisées ne partaient pas d'un scénario original, mais de romans déjà existants (à l'instar d'Heidi) : il s'agissait de partir d'une base initiale et de l'étoffer, de la densifier pour en faire un feuilleton. Ceci dit, de l'avis de nombreux spectateurs, l'apport de Isao Takahata à l'animation va bien au-delà. Interrogé sur la portée pédagogique du Tombeau des Lucioles, M. Takahata rappelle qu"il existe, au Japon, de nombreux films traitant de la souffrance des populations pendant la seconde guerre mondiale. Même si elle est méconnue en France, cette production ne peut pas être ignorée. Et, au Japon, nombreux sont ceux qui sont tentés de considérer le Tombeau des Lucioles comme relevant de cette catégorie de titres pacifistes." M. Takahata enchaîne alors en évoquant ses doutes quant à la portée de ce type d'œuvres : "Mais personnellement, je suis assez sceptique devant ce qualificatif d'"anti-guerre" ou de "pacifiste". Je ne suis pas sûr que ce type de production - qui montre les horreurs d'une guerre déjà déclarée - soit réellement efficace. A contrario, ce qui me paraît important, c'est de mettre en avant les enjeux éthiques de la guerre : être capable de se questionner sur les raisons d'un conflit qui débute. Et c'est justement toute la force que je trouve dans Le Roi et l'Oiseau. Le long métrage de Paul Grimault met en lumière ce type de perception. De mon point de vue, ce film garde encore aujourd'hui la même justesse dans sa manière de décrire le monde. Notamment à travers la structure verticale de cet univers créé par M. Grimault. Il me semble que cette verticalité prend de plus en plus de place dans les conflits d'aujourd'hui. Le Roi et l'Oiseau est ainsi empreint d'une véritable force d'actualité. Son propos se retrouve aussi bien dans les événements qui se tenaient en Pologne (la création du syndicat Solidarnosc, étape essentielle de la chute du bloc communiste) à la sortie du film en 1980 ou dans les attentats du 11 septembre 2001 à New York."
Après avoir évoqué le rôle des œuvres de Paul Grimault dans la carrière de Isao Takahata, la tentation est grande de retourner la question : quelle influence M. Takahata pense-t-il avoir eue sur d'autres auteurs ? En la matière, le réalisateur japonais minimise : "Je ne crois pas que mon travail ait eu un impact. Prenez Michel Ocelot [réalisateur de Kirikou et de Azur et Asmar] : j'ai personnellement assuré la supervision des versions japonaises de ses films. Et si je l'ai fait, c'est parce qu'il n'y a rien de comparable au Japon. Je peux vous assurer qu'il n'y a pas la moindre trace de mon influence dans les oeuvres de M. Ocelot !"
Et quand on lui demande s'il est plus particulièrement fier d'un de ses longs métrages, M. Takahata élude la question : "Je n'ai de préférence particulière pour aucun de mes films. Je dois toutefois avouer que Souvenirs Goutte à Goutte occupe une place particulière dans ma filmographie. Cette œuvre a bénéficié d'une réunion exceptionnelle de talents et de compétences."
Terminons le compte-rendu de cette rencontre en évoquant l'exposition proposée à l'Abbaye de Fontevraud. M. Takahata s'est personnellement investi dans ce projet, il l'a soutenu au sein du studio Ghibli et lui a ainsi permis de voir le jour. Paulette et Henri Grimault ont également contribué à la mise en oeuvre de cet événement. L'exposition, centrée sur les trois artistes majeurs que sont Paul Grimault, Isao Takahata et Hayao Miyazaki, se tient jusqu'au 16 novembre 2008. Des projections de films en plein air et des conférences accompagnant l'exposition sont prévues tout au long de l'été. Le programme complet est disponible sur le site de l'Abbaye.
Remerciements au cinéma Le Katorza, à Jean-Marc Vigouroux, à Xavier Kawa-Topor, à Ilan N'Guyen, à l'équipe de l'Abbaye de Fontevraud et, bien entendu, à M. Takahata.
mercredi, juin 18 2008
Compte-rendu du Festival International du Film d'Animation d'Annecy 2008
Par Morgan Magnin le mercredi, juin 18 2008, 18:10 - Festivals
Comme chaque année à la même époque, la ville d’Annecy a été le siège d’un Festival International du Film d’Animation
qu’on assimile (à raison) au Cannes du dessin animé. Cette année, deux
invités d’honneur : d’une part, l’Inde, à travers des projections et
une exposition mettant en lumière ce pays émergent au niveau
cinématographique ; d’autre part, les Simpson qui furent
l’objet d’une journée dédiée et de mémorables séances de dédicaces de
leur “père” Matt Groening. Mais on célébrait également le centenaire du
premier film d’Emile Cohl, Fantasmagorie, ainsi que les 10 ans du distributeur Gebeka Films.
Le palmarès de la compétition de cette édition 2008 est d’ores et déjà
en ligne. À travers les différents prix décernés, l’événement joue à
fond son rôle de promoteur d’une “alternative” à l’animation de masse
produite par les grands studios américains (qui ne sont pas pour autant
dénigrés - chaque année sont ainsi proposées des avant-premières et des
tables-rondes avec Pixar et les autres acteurs majeurs de l’animation
mondiale).
Contrairement aux années précédentes, où je m’attachais à offrir un compte-rendu synthétique du festival, je vous propose ici une présentation de mes coups de cœur, tant en termes de longs (12 films vus) que de courts métrages (10 séances). Habituellement, j’écris des chroniques aussi objectives que possibles, en essayant d’analyser aussi bien les forces que les faiblesses des oeuvres auxquelles je m’intéresse ; exceptionnellement pour ce billet (et peut-être d’autres à venir), mes avis seront volontairement très subjectifs et tranchés.
Mia et le Migou, de Jacques-Rémy Girerd
Folimage présentait en avant-première mondiale son nouveau long métrage (sortie prévue en France le 3 décembre 2008). Avec cette nouvelle réalisation, le studio de Valence propose en quelque sorte un Princesse Mononoke à la française. Les thèmes abordés - la préservation de notre environnement face à des industriels sans scrupules, la protection de la nature par de mystérieuses divinités, le voyage initiatique - rappellent immanquablement les préoccupations de Hayao Miyazaki. S’il est difficile de ne pas penser au maître japonais de l’animation en visionnant certaines scènes de Mia et le Migou, le film mêle les influences (l’héroïne a des petits airs de Zia des Mystérieuses Cités d’Or) et se situe, de par les messages véhiculés, dans la droite lignée des précédentes productions de Jacques-Rémy Girerd.
L’histoire
met en scène Mia, une fillette d’Amérique du Sud qui a récemment perdu
sa mère. Ne supportant plus d’être seule, elle décide de partir à la
recherche de son père. Celui-ci est ouvrier sur un chantier dont
l’objectif est de transformer une superbe baie naturelle en résidence
hôtelière de luxe pour clients fortunés. Le commanditaire du projet est
un entrepreneur sans scrupules qui s’est laissé consumer par le travail
au point de sacrifier sa vie de famille. Alors quand des incidents
mystérieux surviennent sur le chantier, il refuse évidemment de prendre
en compte les avertissements que l’environnement lui adresse… Pendant
ce temps, Mia traverse le pays et découvre des facettes très diverses
de la nature humaine.
Que ce soit clair : Mia et le Migou est mon grand coup de coeur de ce 32e Festival International du Film d’Animation d’Annecy ! Le dessin 2D est superbe, l’animation fluide, l’ambiance musicale en parfaite adéquation avec les images, le propos à la fois touchant et essentiel, le doublage soigné… l’ensemble a été peaufiné avec une précision d’orfèvre, jusqu’au générique de fin qui voient deux chanteurs investis dans la cause environnementale (Olivia Ruiz et Mickaël Furnon) interpréter une chanson spécialement pour l’occasion.
Evangelion: 1.0 You are (not) alone, de Hideaki Anno, Masayuki et Kazuya Tsurumaki
Est-il encore nécessaire de présenter Evangelion,
l’œuvre qui a révolutionné l’animation japonaise au milieu des années
90, de par ses audaces narratives et esthétiques ? Le studio Gainax a
décidé de se lancer dans une vaste entreprise de “remise à jour” de son
titre culte sous la forme de 4 longs-métrages à sortir entre 2007 et
2009. Ce premier opus condense les 6 premiers épisodes de la série télévisée.
En sortant de la séance, que se dire d’autre que “quelle claque !”. Non pas que la technique derrière le film soit révolutionnaire. Elle est de bonne facture, avec une utilisation raisonnable et raisonnée de l’ordinateur. Mais alors qu’on aurait pu s’attendre à une énième reprise des séquences de la série (comme c’était le cas dans le film “compilation” Death), on est surpris de découvrir que chaque plan a été redessiné pour l’occasion. C’est bien simple : on a l’impression de naviguer en terre connue et, pourtant, on est grisé par la sensation de nouveauté. Les ambiances sont ainsi foncièrement respectueuses de l’œuvre initiale tout en ayant leur personnalité propre. Quant au scénario, il est bien connu des fans de longue date (dont je fais partie). Pourtant viennent s’y glisser des éléments inédits : qui sont les mystérieux trois (et non plus deux) premiers anges apparus avant 2015 ? Que planifie véritablement Gendô depuis plus de 15 ans ? Qu’est-ce qui se cache véritablement au cœur du Central Dogma ? Ces nouvelles questions aiguisent l’intérêt du spectateur.
Il eut été difficile de faire une meilleure relecture des débuts d’Evangelion. Le travail d’adaptation est remarquable et confère à ce premier long métrage une unité indiscutable. Evangelion: 1.0 You are (not) alone devrait ainsi plaire aussi bien aux amateurs de la première heure qu’à ceux qui, jusque là, n’avaient pas le courage de se lancer dans cette série d’une dizaine d’heures.
Nul doute que, comme en 1995, Gainax va de nouveau nous mener en bateau. Mais quel pied que de se laisser conduire par d’aussi bons capitaines !
Byôsoku 5 Centimeters, de Makoto Shinkai
Makoto Shinkai est un réalisateur encore injustement méconnu des fans d’animation. Il s’est pourtant distingué dès 2002 sur Hoshi no koe/The Voices of a Distant Star, qu’il a réalisé quasiment seul. Quant à son premier long métrage, Kumo no mukô, yakusoku no basho/The Place Promided in Our Early Days, j’ai déjà au l’occasion de dire tout le bien que j’en pensais.
Makoto Shinkai revient avec un film tout aussi poétique que ses précédentes réalisations. Byôsoku 5 Centimeters est décomposé en trois segments qui ont pour thème commun la distance (amoureuse, physique) séparant des êtres attirés l’un vers l’autre. Des personnages touchants, une esthétique sublime. Byôsoku 5 Centimeters est une pépite proposée dans le plus beau des écrins.
Quelques films supplémentaires à voir
Mon festival a commencé par la projection de Die drei Räuber/Les Trois Brigands, d’après le livre de Tomi Ungere. Un très sympathique film qui a d’ailleurs reçu le prix du public pour les longs métrages. Un conte avec une orpheline, des brigands au grand coeur, et une méchante directrice au nez crochu.
La semaine m’a également donné l’occasion de rattraper mon retard sur certains films et de visionner notamment Peur(s) du Noir auquel ont contribué plusieurs artistes reconnus internationalement dans le milieu de la BD (Blutch, Charles Burns, Lorenzo Mattoti). Une collection de différents courts métrages autour du noir et des cauchemars qui vont avec. L’ensemble se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Dommage seulement que toutes les séquences ne soient pas du même intérêt scénaristique.
Enfin, j’ai profité du fait que les Simpson soient mis en avant pour voir le film
inspiré de la série TV sorti au cinéma en 2007. Un bon moment de
rigolade, tirant pleinement parti du potentiel narratif des différents
personnages de Springfield.
Les déceptions
Le deuxième long métrage inspiré par Appleseed (dénommé Appleseed: Ex Machina, produit par John Woo) m’a beaucoup déçu par la faiblesse de son scénario (tout paraît cousu de fil blanc). De même pour le long métrage indien Return of Hanuman, poussif tant dans son scénario que dans son animation - sans parler du fait qu’il m’est douloureux de voir des hommes prier leur dieu de vaincre le mal qu’ils ont eux-même créé.
Terminons cette partie par un mot concernant la projection de Fly me to the Moon : si ce long métrage belge est de facture classique, son plus gros défaut réside dans le mal de tête qu’il provoque. En effet, le film a été conçu pour être visionné en relief avec les lunettes adéquates… et si la technologie a fait de gros progrès au fil des ans, elle n’est pas encore véritablement convaincante.
Compétition officielle de courts métrages
Cette année, mes préférences coïncident globalement avec celles des différents jurys. Auréolé du Cristal du Meilleur Court-Métrage, La Maison en Petits Cubes, du japonais Kunio Kato, constitue une douce évocation de souvenirs pour un grand-père à l’automne de sa vie. Pas d’effets de manche techniques, tout sert ici l’efficacité du récit. KJFG N°5, du russe Alexei Alexeev, est un court métrage de deux minutes très efficace : il met en scène un groupe de musique constitué d’un ours, d’un lapin et d’un loup… mais quand le chasseur arrive, la musique va-t-elle leur être d’un grand secours ?
Enfin Skhizein,
du français Jérémy Clapin, narre la vie à la fois comique et grave
d’Henri (doublé par Julien Boisselier) , un personnage frappé par une
météorite de 150 tonnes… Depuis cet événement, Henri vit à 91 cm de
lui-même. Dans un pareil cas, est-il possible de se retrouver ou
faut-il plutôt s’accommoder de sa nouvelle condition ?
Parmi les films qui n’ont pas fait l’objet de distinction particulière mais que je conseille vivement figurent :
- Fantasie in Bubblewrap, d’Arthur Metcalf : vous faites partie de ces gens qui prennent un malin plaisir à éclater les bulles des papiers bulles ? Eh bien, découvrez l’envers du décor et le traumatisme horrible que vivent ces petites bulles en voyant leurs consoeurs se faire massacrer par vos gros doigts !
- Hot Dog, de Bill Plympton : le nouveau court métrage du studio Plympton et la confirmation que l’art de Bill Plympton se prête mieux à ce format qu’à celui du long métrage (ainsi Idiots and Angels, l’autre film du réalisateur américain en compétition - mais dans la catégorie des longs métrages - souffrait de longueurs inutiles). Un chien rêve d’aider son maître, pompier de son état. Pour cela, il est prêt à tout, jusqu’à provoquer les pires catastrophes.
- Arrosez-les bien, de Christelle Soutif : drôle et dynamique, un film qui vous fera définitivement douter des bienfaits des OGM !
- The hidden life of the burrowing owl, de Mike Roush : ou comment détourner avec talent les codes du documentaire animalier…
- On the Edge, d’Artem Sukharev et Nikita Ratnikov : à quoi pourrait ressembler la vie d’un patineur artistique qui deviendrait routier ? Tel est le point de départ de ce court métrage particulièrement efficace dans ses exagérations.
- Paradise, de Jesse Rosensweet : en général, je ne suis pas fan de l’animation à base de marionnettes. Pourtant, dans le cas présent, j’ai été charmé par cette histoire dans un univers où tout paraît prédéterminé par les rails sur lesquels évoluent les personnages.
Compétition officielle de films de fin d’étude
Comme à l’accoutumée, le niveau était très hétérogène dans cette catégorie, tant dans la qualité que dans la forme des œuvres en compétition. Un point que nombre de spectateurs ont remarqué : la sélection mettait en avant beaucoup d’oeuvres assez noires et pessimistes. Que feront ces jeunes artistes à l’avenir, s’enfonceront-ils dans la noirceur ou gagneront-ils un peu de lumière ? La question est posée et il nous faudra attendre quelques années avant de pouvoir esquisser une réponse.
De mon point de vue, un film se distinguait très nettement : My Happy End de Milen Vitanov, relecture moderne des cartoon à l’ancienne. Un vrai plaisir !
Quelques films de fin d’étude qui m’ont paru se démarquer : Camera obscura (grâce à un appareillage spécial, un aveugle se retrouve capable de revisualiser les principaux événements de sa vie), Muscleman (un hommage aux combats de robots géants des séries animées japonaises et autres sentai), Office noise (une vision drôle et pertinente des relations au travail), Questions pour un Champignon (court avec une très bonne chute), Oktapodi (cette course-poursuite entre deux poulpes produite par les Gobelins justifie pleinement le prestige de cette école), Hugh (une jolie légende indienne sur la persévérance et la “folie” nécessaire pour changer le monde, avec une mise en scène particulièrement intelligente), La Queue de la Souris (un conte des temps modernes, avec une souris qui doit user de milles astuces pour ne pas être dévorée par le lion de la forêt), Eskimo (ou la véritable nature des glaces que vous dégustez dans les cinémas), Tôt ou tard (quand un écureuil rencontre une chauve-souris solitaire).
Terminons par une note qui intéressera mes lecteurs nantais : deux films produits à l’école Pivaut
étaient en compétition… et ils m’ont très agréablement surpris. Au-delà
de l’influence manga palpable dans les deux œuvres concernées (O Voo et Marine), la qualité de ces films (réalisé, chacun, par une seule personne) faisait plaisir à voir !
Maintenant, rendez-vous l’an prochain du 8 au 13 juin pour une nouvelle semaine très animée !
Pour aller plus loin
- Comme chaque année, la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou se fait l’écho du Festival à Paris. Elle proposera du 25 au 29 juin une sélection de programmes inspirés par Annecy. C’est ainsi que les Parisiens pourront découvrir les courts et longs métrages primés et retrouver des programmes spéciaux tels que “Les couleurs de l’Inde, Saris et Patchoulis” ou “Supinfocom : 20 ans déjà !”.
- Le dossier annuel consacré au Festival d’Annecy, par Morgan du site Mangaverse.
- Les différents compte-rendus des membres du site des Fous d’Anim’
- Les coups de coeur de SciFi-Universe
- Les génériques projetés avant chaque séance au cours du festival et réalisés par les étudiants de Gobelins, l’École de l’Image
- Une partie de l’émission Court-Circuit (sur Arte) consacré au festival d’Annecy 2008
mardi, mai 13 2008
Rencontre avec Manu Larcenet, auteur du Combat Ordinaire
Par Morgan Magnin le mardi, mai 13 2008, 21:47 - Bandes dessinées
C’est un Manu Larcenet décontracté et affable que nous retrouvons dans un petit restaurant de Nantes, juste avant sa dédicace à la librairie Aladin. Il se plie de bonne grâce à l’exercice de l’interview et ce, même si plusieurs journalistes se sont déjà succédés pour le questionner sur son travail. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’une telle figure de la bande-dessinée contemporaine se déplace !
Un petit flash-back pour commencer : Manu Larcenet a longtemps collaboré au magazine Fluide Glacial
où il a fait ses premières armes. Parallèlement, il a développé
différents projets pour des éditeurs aussi variés que Glénat, Dupuis,
Delcourt… et bien entendu Dargaud (chez qui il signe Le Combat Ordinaire en 2003, probablement son oeuvre la plus connue) et Les Rêveurs
(une structure associative qu’il a contribué à créer). Aujourd’hui, il
ne publie plus que chez ces deux dernières maisons d’édition, chez
lesquelles il dit se sentir particulièrement bien. Il y apprécie d’être
bien traité, mais surtout, il est sensible au fait que, dans ces deux
structures, “on trouve des gens qui aiment vraiment les livres“.
Larcenet regrette ainsi que, chez certains, la BD ne soit plus vue que
comme un produit commercial… tout comme il fustige le peu d’exigence de
quelques éditeurs vis-à-vis des ouvrages qu’ils publient. L’auteur du Combat Ordinaire n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère quand il affirme que, pour lui, “il y a désormais 95% de merdes, de trucs à jeter.” La raison ? “Les
éditeurs n’accompagnent plus suffisamment les jeunes auteurs sur leurs
projets. Ils ne les mettent pas face à leurs erreurs. L’autre problème,
c’est qu’un certain nombre de jeunes ont une vision faussée du métier :
pour eux, ce qui compte, c’est la fin, autrement dit le fait d’avoir un
album publié. Or, à mon avis, l’important est de réussir à raconter une
belle histoire. Et ce que j’aime, c’est le travail pour y parvenir.”
En parlant de travail, quelles sont les références de Larcenet ? Courbet, Cézanne et Picasso… autant de grands noms dont il admirait les tableaux lorsqu’il traînait au Musée d’Orsay à 15 ans. Larcenet poursuit alors en expliquant que, selon lui, leurs successeurs ne sont pas à chercher du côté de l’art contemporain, mais plutôt des auteurs de BD tels que Blutch et Reiser. Quelques échanges suffisent à sentir la passion de Larcenet pour l’art au sens le plus large, de la peinture au cinéma en passant par la musique.
Au delà des différentes formes artistiques, qu’en est-il du fond ?
Quand on se risque à lui rappeler que ses BD sont souvent perçues comme engagées, Larcenet se redresse et conteste : “Je
ne fais que des BD non engagées. J’ai longtemps milité dans des
groupuscules d’extrême-gauche, tel le Scalp, et je n’ai pas aimé ce que
je devenais. Alors, bien entendu, mes albums sont le reflet de ma
sensibilité. Mais je n’invite personne à suivre ce regard-là.” Et lorsqu’on évoque l’une des dernières scènes du Combat Ordinaire,
les huit pages de discussions entre Marco et Pablo au lendemain de
l’élection de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République,
Larcenet est embêté qu’on la voit comme éminemment politique. “Si les lecteurs la perçoivent ainsi, c’est que j’ai raté quelque chose“, confesse-t-il avec une sincérité touchante. “Cette
séquence, c’est simplement le discours d’un homme qui a trop bu, pour
finir sur un passage de témoin entre Pablo et Marco. Car ce qui
constitue véritablement le thème des quatre tomes du Combat Ordinaire,
c’est la transmission.”
Devant
un récit accordant une telle place à l’intime, il est tentant de
rechercher les similitudes entre la fiction et la vie de l’auteur. Mais
Larcenet se défend de toute velléité auto-biographique : “Plus
jeune, j’ai fait de l’auto-biographie chez Les Rêveurs. Mais j’ai
choisi d’aller au-delà. Le Combat Ordinaire n’est surtout pas de
l’auto-biographie. Bien entendu, j’insère des éléments qui me tiennent
à coeur. Je m’attache néanmoins à ne pas faire réagir Marco comme je le
ferais moi-même. Et c’est justement jouissif de lui faire solutionner
des problèmes que je n’ai, pour ma part, toujours pas solutionnés.
Selon moi, il faut passer par la fiction pour accéder à une forme de
vérité.” Et Larcenet de citer alors Lacan : “La vérité a une structure de fiction.”
Ses projets ? Certainement un nouveau Retour à la Terre pour l’automne (Jean-Yves Ferri en termine le scénario), un projet plus expérimental pour Les Rêveurs et, bien entendu, Blast (série à paraître chez Dargaud). Ce dernier titre est le projet que l’auteur met actuellement le plus en avant, notamment sur son blog : la descente aux enfers d’un homme qui va mal, à mille lieux de la trajectoire plus lumineuse du héros du Combat Ordinaire. Mais quand on voit la richesse et la profondeur de Larcenet, on sait d’ores et déjà que, même en parlant de descente, il tirera ses lecteurs vers le haut.
Pour aller plus loin :
- la chronique du quatrième tome du Combat Ordinaire que j’ai publiée mi-mars et celle proposée par Nathalie Rézeau sur le site du Kinorama
- la retranscription de l’entretien donné par Manu Larcenet au Kinorama
Remerciements à Angèle Pacary (Dargaud), Nathalie Rézeau et Jean-Marc Vigouroux (Le Kinorama) pour avoir permis cette rencontre.
lundi, janvier 28 2008
Festival International de la BD d’Angoulême 2008 : nos coups de coeur
Par Morgan Magnin le lundi, janvier 28 2008, 15:59 - Festivals
De retour d’Angoulême, la tentation d’écrire un billet exhaustif sur son ressenti quant au festival est grande tant les 4 journées de la manifestation ont été remplies. Mais plutôt que de mettre tous les aspects de l’événement sur un pied d’égalité, nous allons nous focaliser sur les cinq points qui nous ont le plus enthousiasmé. Et vous livrer ainsi le meilleur de notre séjour dans la préfecture de la Charente.
Le Pavillon Chine : une invitation à la découverte
Le
Festival International de la BD d’Angoulême est, de par sa diversité,
une occasion fantastique pour s’ouvrir à d’autres styles d’arts
graphiques que ceux dont on a l’habitude. Entre les espaces consacrés
aux gros éditeurs, aux éditeurs indépendants, à la jeunesse ou aux
jeunes talents et les expositions et conférences dédiées à certains
auteurs incontournables ou méconnus de la bande-dessinée mondiale, il y
a de quoi faire. Sans même parler des rétrospectives ou des pays que la
manifestation met à l’honneur à chaque édition.
Cette année, actualité oblige (les Jeux Olympiques d’été
se tiendront du 8 au 24 août à Pékin - nommée Beijing en mandarin), la
Chine était sous le feu des projecteurs d’un bon nombre d’événements.
Une journée spéciale (le vendredi) lui était d’ailleurs dédiée. De
nombreux auteurs avaient fait le déplacement. Plusieurs sont déjà
publiés en France (chez l’éditeur Xiao Pan et chez Kana), à l’instar de Ji Di (My Way), Pocket Chocolate (Butterfly in the Air, Le Mont du Sud), Yao Feila (80°C)
; d’autres ne le sont pas encore, mais mériteraient vraiment de voir
leurs oeuvres éditées dans l’Hexagone (je pense notamment à Rain
et à Zhu Letao). Le créateur des mascottes des J.O., Wu Guanying, était
lui aussi de la partie. La volonté de la Chine de tisser de nouveaux
liens culturels avec l’Occident est profonde. Les nombreux efforts de
la délégation chinoise pendant le festival sont là pour en attester. On
ne pouvait qu’admirer l’ardeur à la tâche affichée par les invités
chinois. Certains allaient même jusqu’à profiter du soir pour
perfectionner le dessin qu’ils avaient réalisé pour la fresque
réunissant auteurs chinois et européens.
En
entrant dans le pavillon consacrée à la Chine, on ne pouvait qu’être
séduit son côté accueillant : couleurs chaudes, espace feutré, grande
proximité avec les auteurs. La découverte n’en était que plus agréable.
Ce qui m’a d’ailleurs motivé à me plonger un bon nombre de manhuas (BD
chinoises) pendant le festival. Je reviendrai prochainement sur ces
lectures.
En tout cas, cet espace - et l’énergie qui l’habitait - restera, pour moi, l’un des meilleurs souvenirs de ce 35e Festival de la BD d’Angoulême.
Exposition Lou : quand l’adolescence fleure bon le bien-être
Fan de Lou depuis la première heure, j’espérais que l’oeuvre de Julien Neel remporte l’Essentiel Jeunesse. Le jury, composé uniquement d’enfants, lui a préféré Sillage de Morvan et Buchet.
Heureusement je pouvais me consoler de cette déception avec la très
mignonne exposition consacrée à mon adolescente de papier préférée sur
le pôle Jeunesse : le visiteur pénétrait ainsi dans l’appartement de
Lou et de sa Maman, entrait dans leur cuisine (le frigo renfermait même
des choux de Bruxelles !), pouvait s’affaler dans le coin télévision
agrémenté d’une GameCube, se reposer dans la chambre de la jeune fille
(toutefois rythmée au sein du poste-radio), … Un univers enchanteur
dans lequel il faisait bon se promener. Pour ajouter encore au charme, Julien Neel
venait régulièrement dédicacer dans cet espace, assis sur un canapé
avec, à côté de lui, les enfants qui attendaient patiemment un dessin.
Un moment magique pour les petits, bien loin des affres de certaines
séances de dédicaces qui se tenaient dans la “bulle” consacrée aux
éditeurs.
À noter que, pendant cette exposition, les festivaliers pouvaient découvrir une petite bande-annonce de 54 secondes du futur dessin animé de Lou
(sur les écrans en 2008, produit par Go-n Productions, avec la
participation de Glénat, M6 et Disney Channel). On y apercevait les
personnages (sous forme de crayonnés) prendre vie et la présentation
des principaux décors de la série. Élément notable : une sympathique
chanson japonaise accompagnait l’ensemble. Est-ce un signe tendant à
dire que le générique de Lou serait une chanson franco-japonaise, comme cela a pu être le cas sur Oban Star Racers ?
Exposition Clamp
La
bande-dessinée japonaise avait son emplacement bien identifié au sein
du festival : l’espace Franquin, rebaptisé pour l’occasion Manga Building.
Passée la déception première - la faute à l’austérité du bâtiment, dont
l’extérieur était heureusement rehaussé par les sympathiques
décorations conçues par Meko, on avait le choix entre plusieurs expositions, notamment une consacrée au studio Clamp.
Il s’agit de quatre femmes, Ohkawa Nanase, Mokona Apapa, Mick Nekoï et Igarashi Satsuki, qui ont bâti une des oeuvres les plus
marquantes des 20 dernières années en manga (comptant, entre autres, Rg Veda, X, Card Captor Sakura, Magic Knight RayEarth, Tsubasa Reservoir Chronicle ou xxxHoLiC). L’exposition qui leur était consacrée avait été fort bien préparée par les deux commissaires d’exposition, Julien Bastide et Nathalie Bougon, ainsi que par le principal éditeur des titres de Clamp en France, Pika
: introduction à leurs principaux succès, dessins allant du crayonné
jusqu’à la planche finie pour montrer le travail d’élaboration d’une
page, illustrations couleurs (avec des dessins originaux en provenance
directe du Japon, ce qui est très rare pour une exposition montée en
France !), documentaire tourné au sein du studio… Tout était fait pour
rendre hommage comme il se doit à ces talentueuses créatrices.
Atelier autour de la traduction du manga
Pendant
les quatre jours que durait le festival, Grégoire Hellot (bien connu du
petit milieu des amateurs de mangas et de jeux vidéos en France de par
ses nombreuses activités, notamment comme testeur à Joypad, scénariste de France Five et actuellement directeur de collection chez Kurokawa) donnait quotidiennement une initiation à la traduction-adaptation de mangas
au sein du Manga Building. À l’aide d’un support vidéo-projeté et de
planches géantes issues de titres édités par Kurokawa (notamment le
très attendu Saint Seiya - The Lost Canvas),
il sensibilisait son public à la langue japonaise et aux problèmes que
pose la francisation d’une BD japonaise. Réussir une conférence à la
fois ludique et pédagogique est toujours un exploit : à l’issue des
deux heures que duraient ces ateliers, on ne pouvait que tirer son
chapeau à Grégoire Hellot pour la pertinence de son propos et de ses
exemples, son humour et son dynamisme.
Fantastique scénographie sur l’exposition consacrée à BD argentine
Avec José Muñoz
comme Président du Festival, la manifestation accueillait une sublime
exposition consacrée à la BD Argentine, des années 30 à nos jours, au Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image.
La scénographie a fait l’objet d’un soin particulier. Elle immerge le
visiteur dans l’Amérique du Sud des années 50, avec des musiques
latines, des lumières tamisées, des kiosques à journaux. Cet hommage à
la création dessinée de tout un pays (avec des planches de Carlos Cruz,
Alberto Breccia, Quino, Copi et tant d’autres) est bienvenu. Il montre
que la vitalité de la BD n’est pas seulement à chercher du côté des
États-Unis, de l’Europe ou du Japon. Mais que c’est le monde entier qui
s’est approprié ce média exceptionnel qu’on nomme désormais neuvième
art.
jeudi, novembre 15 2007
Solanin, de Inio Asano
Par Morgan Magnin le jeudi, novembre 15 2007, 16:17 - Bandes dessinées
Coup de projecteur sur un auteur japonais méconnu en France, mais dont l’oeuvre atteste (déjà) d’un sacré talent : Inio Asano.
Né en 1980, il a déjà signé deux titres remarquables (édités en France chez Kana) : Un Monde Formidable et Le Quartier de la Lumière. Ces albums sont des recueils d’histoires courtes liées par un fil directeur. Asano a également donné naissance à des récits plus longs, à l’instar de Solanin, dont le premier des deux tomes est paru en début de mois. C’est sur cette série que je m’attarderai aujourd’hui.
Par
certains côtés, la vie de nombreux Japonais n’a rien d’enviable :
soumis à la compétition dès leur plus jeune âge (pour intégrer la
meilleure école, puis la meilleure université), ils sont ensuite
destinés à devenir des employés modèles dans des entreprises policées.
Seule parenthèse dans leur existence : les années d’études supérieures,
qui leur permettent de profiter un minimum de la vie. L’arrivée dans le
monde du travail n’en est que plus rude. C’est la cruelle découverte
que fait Meiko Inoue au début de Solanin. “Office Lady”
(c’est-à-dire employée dans une société du tertiaire), elle ne supporte
plus la routine métro-boulot-dodo, l’hypocrisie de ses collègues ainsi
que leur apparent détachement quant au monde qui les entoure. Fatiguée
de limiter ainsi ses horizons, elle décide de démissionner et de se
donner du temps pour trouver sa voie.
Meiko et ses amis témoignent bien de la difficile quête de sens à laquelle est confrontée une partie des jeunes nippons : plutôt que de rentrer dans le rang et de sacrifier leur existence sur l’autel de la productivité, ils tentent de construire des chemins leur permettant de concilier leur épanouissement avec les impératifs du quotidien. Inio Asano embrasse ainsi un sujet de société ambitieux et le traite avec beaucoup de finesse.
Les héros de Solanin se retrouvent régulièrement autour du groupe de rock qu’avait fondé Taneda, le copain de Meiko, à l’Université. Ils incarnent tous une manière de s’intégrer (ou non) dans des moules. Entre Crack - qui s’apprête à reprendre la pharmacie de ses parents -, Katô - l’éternel étudiant se peut qui retarde autant que faire son entrée sur le marché de l’emploi -, Taneda - “freeter“, i.e. travailleur à temps partiel - ou encore Meiko, les solutions envisagées sont différentes, mais aucune ne paraît concluante. Chacun semble receler une faille qui, à tout moment/instant, menace de venir emporter l’édifice sur lequel ils ont bâti leur fragile équilibre. Ce que confirmera la percutante fin du premier tome.
Solanin fait partie de ces lectures dont le lecteur ne ressort par indemne. On est d’autant plus bouleversé par le sort de ces personnages qu’ils nous interpellent sur notre philosophie de vie. Comment continuer à exister individuellement quand tout concourt à formater les êtres ? Telle est l’une des questions fondamentales que soulève cette très belle bande-dessinée !
Solanin, par Inio Asano
Série (terminée) en 2 volumes
Genre : récit du quotidien de jeunes adultes japonais
À partir de 15 ans
Éditeur : Kana
Collection Made In
ISBN 978-2505002147
mardi, septembre 11 2007
Un incontournable des robots géants : Mobile Suit Gundam Seed
Par Morgan Magnin le mardi, septembre 11 2007, 14:14 - Films d'animation
Au Japon, Mobile Suit Gundam est une légende. Le grand public français n’a pu découvrir ce classique des univers de science fiction qu’à partir de 2001. C’est en effet à cette date qu’une chaîne hertzienne (M6) se décide à diffuser Gundam Wing, une des nombreuses séries estampillées Gundam.
Mais remontons un peu le temps. Nous sommes en 1979, au Pays du Soleil Levant. Depuis plusieurs années, les anime mettant en scène des robots géants (les mechas) se multiplient : ces géants de métal sont surpuissants et dotés d’attaques spéciales dévastatrices (à l'instar de Grendizer, plus connu sous nos lattitudes sous le nom de Goldorak).
Une équipe de la Sunrise, menée par Yoshiyuki Tomino, a alors l’idée de proposer une oeuvre différente, en modifiant radicalement la place du robot dans l’intrigue : dans Kidô Senshi Gundam (aussi connu sous le nom de Mobile Suit Gundam), le mecha n’est qu’un élément parmi d’autres, simple pion au coeur d’une guerre qui fait rage. Car la “marque” Gundam, c’est avant tout l’exceptionnelle richesse des univers que les différentes oeuvres dépeignent.
Les séries Gundam ont pour cadre un futur dans lequel la
conquête spatiale n’est plus un simple rêve. Bien au contraire : les Terriens ont commencé à s'installer sur de nouvelles planètes et à construire de gigantesques stations orbitales.
Généralement, le scénario se focalise alors sur un conflit entre la
Terre et ses colonies. Il s'attache notamment à dépeindre la guerre (ses
mécanismes d’entraînement et d’enlisement, ses implications tant
politiques que sociales) avec une efficacité et une lucidité
remarquables. Tiraillés de part et d’autres par leurs convictions et
par des événements qui les dépassent, les personnages de ces séries
essaient tant bien que mal de se frayer un chemin dans un monde déchiré.
En France, la franchise Gundam a connu, ces dernières années, un regain d'intérêt de la part des éditeurs de mangas et de DVD. Au format papier, Pika édite depuis bientôt un an Gundam - The Origin, qui reprend grosso modo l'intrigue de la série originale de 1979. Parmi tous les mangas Gundam publiés au Japon et en France, il s'agit du meilleur titre, un incontournable de la science-fiction japonaise !
En vidéo, Beez a commencé par proposer les trois films tirés de la première série puis les longs métrages qui y faisaient suite (Mobile Suit Gundam : la contre-attaque de Char, Mobile Suit Gundam 083 : Le Crépuscule de Zeon et Mobile Suit Gundam F91). Ces oeuvres, à la qualité intrinsèque indéniable, accusent toutefois leur âge sur le plan technique. De fait, de nouvelles séries estampillées Gundam ont vu le jour au fil des années (2007 verra d'ailleurs l'arrivée, sur les écrans nippons, de la petite dernière : Gundam 00) pour séduire un nouveau public.
L'une des plus récentes est Mobile Suit Gundam Seed (dont une suite, Mobile Suit Gundam Seed Destiny, a été diffusée au Japon en 2004-2005). Les intrigues Gundam prennent souvent place dans des univers alternatifs indépendants les uns des autres ; c’est justement le cas de Gundam Seed par rapport aux séries produites depuis 1979. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir vu l’une des précédentes séries Gundam pour découvrir celle-ci (a contrario, il est utile d’avoir visionné Seed avant d’attaquer Destiny).
Ère Cosmique, année 70 : les relations se sont envenimées entre les Naturels de l’Alliance Terrestre et les Coordinateurs
(humains génétiquement modifiés habitant les colonies spatiales
appelées PLANTs) de ZAFT. Suite aux événements tragiques de la St
Valentin Sanglante, les tensions initiales se sont transformés en
affrontements militaires de grande envergure. Onze mois après le début
des hostilités, le conflit s’est enlisé. C’est à ce moment-là que
débute Gundam Seed.
Kira Yamato est un jeune Coordinateur qui a émigré sur Heliopolis, une
colonie neutre. Le jour où ZAFT lance une attaque contre la colonie -
soupçonnée de construire des prototypes de Mobile Suits (robots géans de combats) - il est obligé de se battre pour défendre ses amis Naturels.
Le hasard du destin le conduit alors à se retrouver face à face avec
son ami d’enfance Athrun Zala qui, lui, s’est engagé du côté de ZAFT.
Gundam Seed se démarque sans mal du reste de la production japonaise : chara-design (signé Hirashi Hirai) séduisant, histoire menée tambour battant (à ce sujet, les cinq premiers épisodes de la série sont à couper le souffle), intrigue intelligente (caractéristique du savoir-faire des Japonais dès lors qu’il s’agit de décrire un conflit loin de tout manichéisme). A noter, aussi, la grande qualité des génériques de début et de fin - quatre génériques de début et trois génériques de fin accompagnent les 50 épisodes que compte la série - qui s’accorde parfaitement au dynamisme de l’oeuvre. Si les dessins et l’animation souffrent de quelques variations de qualité suivant les épisodes (mieux vaut éviter, par exemple, de comparer les deux premiers épisodes avec l’épisode 8), le spectateur oublie vite ces petites faiblesses passagères pour se focaliser sur la richesse du scénario. C’est d’autant plus vrai que les scènes cruciales sont, elles, toujours irréprochables techniquement et esthétiquement parlant.
Gundam Seed est l'un des tous meilleurs space opera de ces vingt dernières années. A découvrir au plus vite, d’autant que l’édition proposée par Beez est de qualité (bonus, présence de la VOSTF et de la VF).
jeudi, juillet 5 2007
L'invention de Morel, de Jean-Pierre Mourey, d'après Adolfo Bioy Casare
Par Morgan Magnin le jeudi, juillet 5 2007, 22:48 - Bandes dessinées
Avant d'être une bande-dessinée, L'invention de Morel
est un roman de Adolfo Bioy Casares,
un auteur argentin, ami de Jorge Luis Borges. Le héros et narrateur de
cette histoire est un homme en fuite qui a trouvé refuge sur une île
inhabitée, soi-disant maudite. Seule une immense villa atteste d'une
précédente présence humaine. Dans ses sous-sols trône une mystérieuse
et gigantesque machine dont le fugitif n'arrive pas à déterminer
l'utilité.
La tranquilité du personnage principal est troublée le
jour où des hommes surgissent sur l'île, comme sortis de nulle part.
Ils mènent une existence à la fois normale et curieuse, n'hésitant pas; par exemple, à danser sous une pluie battante. Le fugitif tombe peu à
peu sous le charme d'une très belle femme, Faustine. Mais celle-ci est
courtisée par un autre homme, Morel. Jaloux, le narrateur va tenter
d'éveiller l'intérêt de celle qui provoque son émoi ; mais, en dépit
des efforts qu'il déploie, elle semble lui rester totalement insensible.
Le
travail effectué sur cette adaptation est impressionnant : construction
cyclique qui se décompose en deux parties, elles-mêmes décomposées en
plusieurs sous-parties qui se répondent les unes les autres, couleurs
en quadrichromie dont les teintes reviennent en alternance, ... tout
est fait pour plonger le lecteur dans le mystère qui entoure l'immense
machinerie qu'abrite l'île. Métaphore sutour de la difficulté de la
conversation amoureuse, cette oeuvre est de celle qui marque. L'une des bonnes surprises de ce premier semestre 2007.
L'Invention de Morel, par Jean-Pierre Mourey. D'après un roman d'Adolfo Bioy Casare.
Histoire en un seul volume
Genre : fantastique
A partir de 14 ans
Editeur : Casterman
Collection Écritures
ISBN : 978-2-203-39636-4
vendredi, juin 29 2007
Lou, de Julien Neel
Par Morgan Magnin le vendredi, juin 29 2007, 17:02 - Bandes dessinées
Lou ! est une très attachante bande dessinée jeunesse réalisée par Julien Neel. La critique ne s'y est d'ailleurs pas trompée : le premier volume a reçu le Prix Jeunesse du Festival de Sollies et le Prix jeunesse 9/12 ans au Festival d’Angoulême 2005.
La série débute alors que Lou, adorable petite fille blonde de 12 ans, vit seule avec sa Maman. Elle aime les vêtements, mais déteste la mode. Elle se confectionne donc ses propres habits, avec plus ou moins de bonheur. Elle rêve d’être auteur dramatique, metteur en scène, comédienne et costumière, rien que ça ! Mais avant, elle devra surmonter un obstacle important : sa timidité. Dans sa vie, il y a Mina, sa meilleure copine … mais aussi Tristan, le voisin d’en face, pour qui elle en pince.
Maman, elle, est une mère bien de son époque. Elle est écrivain. Mais dès que sa fille part à l’école, elle préfère se précipiter sur sa console plutôt que de se mettre à son clavier. Sa petite vie est chamboulée lorsqu’un nouveau voisin emménage sur le même palier : le beau Richard ne la laisse en effet pas insensible. Ayant une forte tendance à perdre ses moyens devant l'être aimé, elle ne sait pas comment l'aborder. Heureusement, elle peut compter sur sa fille pour lui donner des conseils.
Si chaque planche constitue un gag indépendant, elle participe aussi à l’évolution globale de l’histoire : les relations entre les personnages s’affinent ainsi au fil des pages. Les deux premiers volumes sont très enjoués. Le monde de Lou semble n'avoir aucune frontière, tous les rêves sont encore possibles ! Lorsque débute le troisième tome (poétiquement baptisé "Le Cimetière des Autobus"), la jeune fille vient de fêter ses 13 ans. Tristan a déménagé et une nouvelle année scolaire s'annonce. Pour Lou, c'est l'époque des doutes qui commence, lorsqu'on n'est plus tout à fait enfant, mais pas encore adulte.
L'enfance et l'adolescence auront rarement été évoquées avec autant de sobriété, de pertinence et de tendresse que dans ces albums. Le dessin dynamique et très cartoon de Julien Neel, ainsi que le remarquable travail sur les couleurs, contribuent pleinement au charme de l'oeuvre. Voilà une série qui mérite vraiment des louanges, tant elle est susceptible de remporter l’adhésion aussi bien des petits que des plus grands. En mêlant émotion et humour, Julien Neel participe activement au renouvellement de la bande dessinée jeunesse.
Lou !, de Julien Neel
Série (en cours) en 3 volumes
Humour tendre
A partir de 9 ans
Editeur : Glénat
ISBN : 2723442756 (tome 1), 2723448150 (tome 2), 2723452522 (tome 3)
mardi, juin 19 2007
Compte-rendu du Festival International du Film d'Animation d'Annecy 2007
Par Morgan Magnin le mardi, juin 19 2007, 15:46 - Festivals
Le 31e Festival International du Film d'Animation s'est tenu à Annecy du 11 au 16 juin 2007. Comme à l'accoutumée, l'événement était associé au MIFA, marché donnant l'occasion aux acheteurs, sociétés de production et porteurs de projet de se rencontrer qui s'est, quant à lui, déroulé du 13 au 15 juin au toujours très luxueux Palace de l'Impérial, sur les bords du lac.
L'ampleur de la manifestation annécienne ne se dément pas. La cité haut-savoyarde a accueilli plus de 6000 accrédités qui ont pu découvrir 182 films en compétitions (9 longs métrages, 51 courts, 51 films de fin d'études et 71 films de commande), auxquels il faut ajouter 16 longs métrages hors compétition et 51 courts projetés dans le cadre de séances "panorama". Précisons donc de suite qu'il n'est pas possible de faire un compte-rendu exhaustif du Festival à moins de dépêcher sur place une équipe composée de plusieurs personnes.
Conscients de cette limite, Univers partagés tenait malgré tout à être au rendez-vous. Nous nous concentrerons sur les axes du Festival qui nous ont paru particulièrement dignes d'intérêt. Pour un point de vue détaillé sur des aspects complémentaires à ceux que nous avons choisi de développer, nous vous invitons à consulter les papiers que nos confrères consacrent à Annecy 2007 (voir la section "Pour aller plus loin" à la fin de cet article).
Arrêtons-nous d'abord sur le pays - ou plutôt devrais-je dire les pays - à l'honneur cette année : le Bénélux. Cette mise en avant s'est traduite par la présentation de différents programmes de courts métrages dédiés aux quatre entités culturelles que sont le Luxembourg, les communautés flamande et francophone de Belgique et les Pays-Bas, la mise en place d'une exposition sur liens entre BD belge et animation et une exposition permanente sur les créations bénéluxiennes à la toute récente Cité de l'Image en Mouvement CITIA (inaugurée l'an dernier).
Les longs métrages se taillent la part du lion
Le choix artistique le plus fort de cette édition 2007 est l'accent particulier mis sur les longs métrages. Devant le succès croissant que rencontre le long métrage d'animation en salles, le comité d'organisation "souhaite l'accompagner vers son âge d'or", sans pour autant délaisser les courts. Cette volonté s'est concrétisée par l'élargissement du nombre de films en compétition (neuf cette année contre quatre ou cinq jusqu'à présent), la création d'un jury dédié mais aussi d'un prix du public, l'organisation de rencontres quotidiennes entre les équipes des films et les professionnels, l'augmentation du nombre de projections par film et, enfin, la projection de nombreux longs métrages hors compétition (notamment le tchèque One Night in One City, le japonais Fullmetal Alchemist the movie "The Conqueror of Shamballa" ainsi que le nouveau Disney Bienvenue chez les Robinsons). Cette mise en valeur des longs métrages, aussi justifiée soit-elle, a néanmoins souffert de quelques défauts que l'équipe d'organisation serait inspirée de corriger d'ici l'an prochain. D'abord, la multiplication des longs hors compétition ne s'est pas faite à qualité constante. La présence de certains films - Le Tueur de Montmartre de Borislav Sajtinac en tête - dans la sélection officielle avait de quoi susciter des interrogations. Ensuite, certains films très attendus (notamment Persepolis) n'ont pas pu être projetés à Annecy, du fait de la concurrence de Cannes : les festivaliers ont eu, à la place, un simple os à ronger, sous la forme d'une conférence "Making Of" décevante car reprenant, visuellement parlant, les documents proposés sur le site officiel du film. Enfin, le public était invité, à l'issue de chaque séance, à donner une note allant de 0 à 2 à l'oeuvre à laquelle il venait d'assister. Cette échelle ne permettait guère de modulation et la tentation était grande de donner la note médiane ("1") à quasiment tous les films en compétition.
Trois films japonais étaient en compétition, symboles du dynamisme de la production nipponne (même si Brave Story faisait pâle figure face à Paprika et La Traversée du Temps), la France était représentée par l'incontournable Azur et Asmar (de Michel Ocelot, déjà primé en 1999 pour Kirikou et la Sorcière), sans oublier le reste de l'Europe (Norvège, Grande Bretagne, Suisse), les Etats-Unis, mais aussi la Thaïlande. Au final, trois films furent primés, deux orientés jeunesse (le norvégien Slipp Jimmy Fri et le suisse Max & Co qui reçut les acclamations du public) et un destiné à un public adolescent/adulte (La Traversée du Temps, dans les salles françaises à compter du 4 juillet). Nous regretterons que le jury n'ait pas été plus sensible au charme complexe de Paprika - certainement l'oeuvre la plus riche de toute la sélection - ou au propos résolument humaniste de Michel Ocelot. Mais, comme à son habitude, le festival a préféré mettre en avant un film menacé d'être mésestimé plutôt que de récompenser une oeuvre qui a déjà reçu un succès public ou critique. Un choix qui se justifie pleinement, mais dont on regrettera qu'il ne s'applique pas aussi aux courts métrages.
Courts métrages : le rouleau compresseur Pierre et le Loup
Les courts métrages, justement, ont vu triompher, sans véritable gloire, Pierre et le Loup (disponible en France en DVD), oeuvre déjà distinguée dans plusieurs manifestations. Le film de Suzie Templeton, réalisé à l'aide de marionnettes, est une réussite esthétique ; le scénario, très connu, est heureusement sauvé par une réalisation qui sait ménager des moments d'humour. Le prix du public lui était d'avance acquis.
Pour expliquer cela, ouvrons une petite parenthèse sur la manière dont ce prix est attribué. Les 51 courts en compétition sont répartis dans 5 programmes, projetés tout au long de la semaine. A l'issue de chaque séance, le public est invité à choisir le film qui l'a le plus séduit parmi la dizaine de courts qu'il a visionnée. Pierre et le Loup figurait dans le programme n°2, un programme dont la particularité était de rassembler un grand nombre d'oeuvres expérimentales, difficiles à appréhender. Naturellement, un unique film émergeait de cette sélection... et, comme on pouvait s'y attendre, c'est lui qui, à l'issue de la compétition, a rassemblé le plus grand nombre de suffrages. D'autres programmes étaient beaucoup plus relevés. Nous pensons notamment au numéro 3, qui rassemblait L'Homme de la Lune (la nouvelle création de Serge Élissalde, qui repartit malgré tout avec un prix de consolation : le prix Canal +), le Moya lyubov (le nouveau Alexander Petrov, auteur russe qui a obtenu, en 2000, l'Oscal du meilleur court pour son adaptation du Vieil Homme et la Mer) et des premières oeuvres particulièrement convaincantes (à l'instar de The Tale of How, Mention Spéciale du jury, ou encore de Devochka Dura, prix "Jean-Luc Xiberras" de la première oeuvre). Au vu de la qualité générale de ce programme, les voix du public se sont nécessairement éparpillés sur différents films plutôt que de se rassembler sur un seul. La question du procédé retenu pour la désignation du prix du public est donc posée.
Autre interrogation que soulève le palmarès 2007 : afin de favoriser la diversité des films primés à Annecy, le Prix du Jury ne devrait-il pas être différent du Prix du Public ? Étant donné le bon niveau de la compétition 2007 et le nombre d'oeuvres restées sur le carreau, on ne peut que regretter qu'un seul film recueille à lui seul les deux récompenses les plus prestigieuses du festival. Ce problème, récurrent depuis plusieurs années (l'an dernier, c'est Dreams and Desires - Family Ties, de Joanna Quinn, qui cumulait les lauriers), ne saurait être résolu par la multiplication des prix (17 récompenses décernées cette année !).
La bonne tenue des films de fin d'études
Les années passent et la catégorie des films de fin d'études poursuit son internationalisation. Une tendance dont on ne peut que se féliciter. Elle témoigne de la vitalité de l'animation non seulement dans les régions dotées d'une forte tradition en la matière (Europe, États-Unis, ...) mais aussi dans les pays émergents (Corée-du-Sud, Inde). En marge des encore trop nombreuses oeuvres en 3D (mais l'exercice continue, à l'heure actuelle, d'être un passage obligé pour tout jeune animateur qui souhaite mettre toutes les chances de son côté lors de son entrée dans la vie active) étaient proposés des films réjouissants de créativité. Adjustment, de Ian Mckinnon, mélange animation d'objets, prises de vue réelles et animation par ordinateur, pour une réflexion saisissante sur la distance entre la représentation d'une histoire amoureuse par le dessin et la réalité de cette histoire. Le hongrois Eletvonal tirait lui aussi son épingle du jeu : des personnages dévalent des lignes, celles de leur vie, en évoluant en parallèle, en se croisant, en se séparant.
Par les oeuvres qu'il a souhaité mettre en avant (t.o.m, Milk Teeth, The Wrath of Cobble Hill, Beton), le jury a témoigné de son goût pour les approches esthétiques originales (Nicolas De Crecy, membre de ce jury, n'y est sans doute pas étranger). Une démarche qui ne fait pas l'unanimité mais qui a le mérite de la cohérence.
Le reste du palmarès
Terminons ce tour d'horizon de la compétition officielle en évoquant rapidement les films de télévision et les films de commande. Dans la première catégorie, c'est un futur classique, Shaun the Sheep qui a été distingué. Le petit dernier de Aardman est centré sur les aventures du mouton que Wallace et Gromit rencontraient dans le court A Close Shave. L'épisode projeté à Annecy (Still Life) est caractéristique de l'humour décalé qui fait le succès du studio britannique. Le prix du film éducatif est revenu au néerlandais Bloot Seks, sur les premières expériences sexuelles d'adolescents et le prix du film publicitaire est allé à United Airlines "The Meeting". Enfin, le français Gérald Gentil a très logiquement remporté le Prix du Vidéoclip pour Plaire.
A l'heure du bilan
Que retenir de cette cuvée 2007 ? Un festival une nouvelle fois très riche, un rendez-vous incontournable tant pour les professionnels que pour les passionnés de cinéma d'animation, une manifestation qui assure, avec beaucoup de réussite, la promotion de l'animation sous toutes ses formes. Devant l'importance nouvelle accordée aux longs métrages, certains craignaient qu'Annecy oublie son rôle de promoteur du patrimoine historique de l'animation, voire cède corps et âmes aux sirènes de la production de masse (à ce sujet, la place consacrée à Pixar tout au long du Festival est révélatrice). Cette prophétie ne s'est heureusement pas réalisée. Mais les habitués de la manifestation annécienne devront être vigilants, dans les années à venir (à commencer par l'édition 2008 qui, du 9 au 14 juin, célébrera l'Inde) pour que le festival ne déroge pas de cette ligne de conduite. Car, comme le dit Vincent Paronnaud dans le making-of de Persepolis, c'est de la culture indépendante qu'émergera la production animée de demain. Et c'est en laissant un espace de liberté et d'expression à cette culture underground qu'on favorise l'apparition de nouveaux talents.
Pour aller plus loin :
- La Bibliothèque Publique d'Information poursuit son partenariat avec le Festival. Elle proposera du 29 juin au 2 juillet une sélection de programmes inspirés par Annecy. C'est ainsi que les Parisiens pourront découvrir les courts et longs métrages primés, retrouver des programmes tels que "L'animation citoyenne : dépassons nos frontières" ou "Animation et désir".
- Le dossier annuel consacré au Festival d'Annecy, par Morgan du site Mangaverse.
- Le compte-rendu du site Anim'Annecy
- Le palmarès de cette 31e édition agrémentée d'extraits vidéos de chacun des oeuvres primées et la p'tite sélection personnelle de Magali
- Les discussions autour de la compétition des Longs Métrages, des Courts Métrages et des autres catégories sur le forum des Fous d'Anim'
- Les génériques projetés avant chaque séance au cours du festival et réalisés par les étudiants de Gobelins, l'École de l'Image
vendredi, juin 15 2007
A la découverte des AMV
Par Morgan Magnin le vendredi, juin 15 2007, 15:20 - Films d'animation
A l'occasion de Japan Expo (le plus grand festival francophone autour de la culture asiatique), notre secrétaire, SaturnAlice,
participe au concours d'AMV. Je vois des lecteurs tiquer : qu'est-ce
qui se cache derrière ce sigle de trois lettres ? C'est ce que je vais
tenter de vous expliquer dans les lignes qui suivent.
Une Anime Music Video (AMV), ou clip vidéo d'anime,
est une oeuvre vidéo musicale réalisée à partir d'extraits de dessins
animés (la plupart du temps des séries animées japonaises). L'exercice
consiste à combiner efficacement une bande sonore choisie spécialement pour l'occasion et un montage adéquat de séquences
extraites d'un (ou de plusieurs) dessin(s) animé(s). Au niveau musical,
le choix peut se porter sur le générique d'un autre série mais aussi
sur des chansons sans rapport avec le monde de l'animation. Les
réalisateurs d'AMV apprécient généralement beaucoup les compositions de
groupes tels que Rammstein ou Linkin Park...
mais certains osent quand même faire dans l'originalité original en
choisissant, par exemple, une interprétation signée Emilie Simon (à
l'instar de l'AMV qui remporta le concours organisé lors de la manifestation G.A.M.E. In Paris 2006, basée sur la chanson Alicia - vidéo visualisable directement sur Dailymotion) ou Charlotte Gainsbourg. Pour ce qui est de la partie vidéo,
elle est constituée d'extraits d'une ou plusieurs oeuvres animées. Bien
entendu, l'important est l'adéquation entre la musique et l'animation.
La création d'une AMV est ainsi comparable à la production d'un clip vidéo d'une durée comprise entre une et sept minutes. Elle requiert non seulement des capacités techniques évidentes (pour maîtriser les logiciels de montage) mais aussi une forte sensibilité artistique : l'AMV est d'autant plus réussie qu'elle est porteuse de sens tout en étant esthétiquement irréprochable.
Les AMV recueillent généralement un fort succès auprès des fans
d'animation. Pour s'en convaincre, il n'y qu'à voir le nombre de ces
productions vidéos mises en ligne sur les sites tels que YouTube et Dailymotion. En France, une association a vu le jour en 2001 pour promouvoir cette activité. Il s'agit de Fantasy Movies.
L'association est présente non seulement sur Internet (où elle
développe des liens croissants avec la communauté internationale des
créateurs d'AMV) mais aussi dans la plupart des grands salons français
dédiés à la culture japonaise (dans lesquels elle organise
régulièrement des concours).
Pour finir, souhaitons donc bonne chance à notre amie SaturnAlice pour sa première participation à un concours d'AMV.
Je vous invite à découvrir son oeuvre, Realize Yourself, basé sur des
images de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya (série en 14 épisodes
diffusée en 2006 au Japon et ne disposant pas encore d'une date de
sortie officielle en France) et sur une chanson de Gundam Seed qu'elle
a spécialement chantée en français pour l'occasion !
Pour aller plus loin :
- la présentation des AMV sur Wikipedia, l'encyclopédie libre ;
- nous vous conseillons vivement de consulter les meilleures AMV des
récents concours organisés par Fantasy Movies, lors de Japan Expo 2006 ou G@me 2006
- le site de AMV de Fans, site francophone rassemblant un grand nombre d'AMV.
mercredi, juin 6 2007
The Place we promised in our early days (Kumo no Mukou, Yakusoku no Basho), de Makoto Shinkai
Par Morgan Magnin le mercredi, juin 6 2007, 14:53 - Films d'animation
Même s'il a bénéficié de quelques projections dans des festivals francophones (Utopiales 2005 notamment), le film que nous vous présentons aujourd'hui n'a pas encore connu de diffusion à l'échelle nationale. Qui plus est, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucune date de sortie n'est annoncée. Nous souhaitons toutefois, à travers cette chronique, donner un coup de projecteur sur un réalisateur japonais très prometteur, Makoto Shinkai. Au vu des oeuvres auxquelles il a donné naissance jusqu'à présent, il possède toutes les qualités pour intégrer la nouvelle garde de l'animation nippone, au même titre qu'un Satoshi Kon (Perfect Blue, Paprika, ...).
Makoto Shinkai s'est fait un nom grâce à son court-métrage Hoshi no Koe, film de 25 minutes qu'il réalisa sur son ordinateur en occupant pratiquement tous les postes de production (il fut, entre autres, scénariste, réalisateur, designer des personnages et des robots, illustrateur, animateur 2D/3D). Une petite merveille qui a pu connaître le succès qu'elle méritait grâce à un bouche à oreille très favorable sur Internet.
Fort de cette réussite, Makoto Shinkai a alors pu s'entourer d'une véritable équipe de production et donner corps à un projet plus ambitieux : The Place we promised in our early days, long métrage d'une heure et demi, sorti en salles au pays du Soleil Levant en novembre 2004.
Dès les premières secondes, le spectateur est captivé par la qualité esthétique de l'oeuvre. Comment ne pas s'extasier devant ces décors riches et lumineux (beaucoup de teintes chaudes via le mélange de bleu, d'orange et de blanc) ? Techniquement irréprochable, le film ne convainc pas seulement pas sa forme. La sensibilité dont témoigne l'intrigue est la patte d'un auteur qui sait parfaitement les émotions qu'il souhaite susciter chez son public.
Mais avant d'aller plus loin, attardons-nous quelques instants sur le scénario. L'histoire se situe dans un Japon fictif, divisé en deux parties suite à une guerre. Hiroki Fujisawa et Takuya Shirakawa sont deux adolescents qui rêvent de s'envoler et d'approcher la mystérieuse tour située du côté d'Hokkaido. Peu à peu, en récupérant des pièces usagées, ils construisent un avion qui, espèrent-ils, pourra les y conduire. Sayuri, une de leurs camarades va elle aussi s'intégrer dans ce rêve ; et tous trois font la promesse d'un jour se rendre sur cette tour. Mais bientôt, Sayuri disparaît sans laisser de traces.
Les années passent, Hiroki et Tatsuya grandissent chacun de leur côté, ils prennent des voies différentes, la situation géopolitique du Japon gagne en tension rendant un nouveau conflit imminent. Sayuri, quant à elle, souffre d'une étrange maladie : elle a sombré dans le sommeil et ne semble plus pouvoir être réveillée. Son état semble intimement lié à la fameuse tour d'Hokkaido. Mais peut-être que la solution à tous ces problèmes réside dans l'accomplissement d'une simple promesse ?
J'entends bien les reproches que certains ont adressé à ce long métrage : manque de cohésion, lenteur (ou trop grande rapidité dans certaines scènes clefs), réécriture du mythe de la Belle au Bois Dormant. Peut-être. The Place we promised in our early days n'a certes pas la puissance épique d'un Princesse Mononoke, ni le dynamisme des Indestructibles et encore moins, l'ambiance cybernétique de Innocence ou d'Appleseed. Il s'agit d'une oeuvre plus bucolique, plus poétique que les films pré-cités. Makoto Shinkai aurait pu, à la manière d'un Masamune Shirow (auteur original de Ghost In The Shell, Dominion et consorts), choisir de détailler chaque élément de l'univers fictif qu'il met en place. Il a préféré suggérer le contexte sociopolitique par petites touches. Et se concentrer plutôt sur la thématique du rêve et de la promesse. The place we promised in our early days est ainsi à l'image de la trajectoire de son réalisateur : un vibrant appel à la persévérance pour la réalisation de ses objectifs les plus chers.
The Place we promised in our early days (Kumo no Mukou, Yakusoku no Basho), réalisé par Makoto Shinkai
Récit fantastique revisitant le mythe de la Belle au Bois Dormant
A partir de 13 ans
Durée : 1h30
Sortie : non prévue en France
Seul site officiel en ligne : le site japonais. Bande annonce américaine disponible.
Pour aller plus loin :
- l'avis de Anime-France sur le film ;
- YoZone livre une chronique plus réservée ;
- une présentation de Hoshi no koe, le court métrage par lequel Makoto Shinkai s'est fait connaître.
mardi, mai 29 2007
Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Par Morgan Magnin le mardi, mai 29 2007, 15:14 - Films d'animation
Une enfance iranienne retranscrite en bande-dessinée
Avant d'être un film d'animation, Persepolis est une bande dessinée créée par Marjane Satrapi au début des années 2000. L'auteur naît en 1969 en Iran. Elle est élevée dans une famille progressiste. A la fin des années 70, ses parents sont persuadés que la chute du Chah représente un immense espoir pour l'avenir du pays. Mais l'euphorie est de courte durée : car à un régime tyrannique succède une ère d'obscurantisme. La révolution islamique de 1979 bouleverse rapidement le quotidien de millions d'Iraniens, à commencer par celui de la petite Marjane. C'est ainsi qu'elle voit son oncle Anouche, révolutionnaire marxiste sorti de prison après le départ du Chah, arrêté et exécuté par les intégristes arrivés au pouvoir. Le port du voile devient obligatoire. Et, bientôt, débute la guerre avec l'Irak. Dans ses conditions, les parents de Marjane enjoignent leur fille de partir étudier à Vienne en Autriche. Elle y découvre la vie à l'occidentale. Ce qui n'est pas sans lui causer quelques soucis. Notamment pour trouver sa place dans une société qui lui fait régulièrement sentir sa différence. Après quatre années en Europe, en pleine perte de repères, elle décide de rentrer dans son pays natal. Elle va jusqu'à s'y marier mais, portée par les aspirations de réalisation personnelle et de liberté qui l'habitent, elle finit par choisir de s'installer en France.
C'est cette trajectoire peu commune que Marjane Satrapi s'est attachée à dépeindre dans les quatre volumes (désormais rassemblés en un seul, dans la collection Ciboulette de l'Association) de sa première oeuvre, Persepolis. Dès la parution du premier tome, la critique salue - à juste titre - la profondeur et la pertinence de la démarche. Le succès commercial arrivera, lui, progressivement.
Car l'oeuvre est d'apparence austère pour les personnes sans véritable habitude de la BD d'auteur : le dessin est en noir et blanc, relativement statique (précisons que Marjane Satrapi ne s'était jamais destinée à une carrière d'auteur BD - c'est sa rencontre avec David B. qui la révélera au neuvième art) et garni de nombreux récitatifs. Si tant est que le lecteur accepte d'aller au-delà de cette première impression potentiellement rebutante, alors il voit se dérouler devant lui un témoignage unique sur les bouleversements qu'a rencontrés, dans la seconde moitié du XXe siècle, l'un des plus grands pays d'Orient.
Les éditeurs internationaux ne s'y sont d'ailleurs pas trompés car Persepolis a connu une belle carrière non seulement en France mais aussi à l'étranger, notamment aux Etats-Unis.
Après la bande dessinée, le film
Forte de ce succès, Marjane Satrapi a choisi d'aller plus loin en adaptant sa création au cinéma, sous la forme d'un dessin animé. Pour ce faire, elle s'est adjoint les services de Vincent Paronnaud à la réalisation. Celui-ci n'est pas inconnu des amateurs de BD puisqu'il est, sous son pseudonyme de Winshluss, un acteur important de la bande dessinée indépendante française. La gestation du projet a duré 3 ans.
C'est désormais dans un peu moins d'un mois que Persepolis débarquera dans les salles obscures (très exactement : le 27 juin). Auparavant, il a été projeté en compétition au Festival de Cannes, où il a reçu le Prix du Jury. Nous avons eu l'occasion de le voir en avant-première et nous pouvons donc vous confirmé que ce long-métrage a amplement mérité sa récompense !
Car les réalisateurs n'ont pas fait l'erreur d'adapter trop fidèlement l'oeuvre originale. Ils ont su élaguer, trier, réinterpréter ce qui fait l'essence de Persepolis. Bien entendu, dans le fond, le film véhicule des valeurs et des réflexions similaires à celles mises en avant sur la bande dessinée. Mais une sélection bienvenue a été opérée (la découverte de la sexualité ou les différents logements qu'a connu Marjane à Vienne sont deux éléments - parmi d'autres - qui sont suggérés, et non pas détaillés, dans le long-métrage). Là où la BD pouvait parfois donner l'impression d'être un fourre-tout exhaustif des expériences de l'auteur, le film d'animation met l'accent sur certains éléments bien identifiés : le quotidien d'une famille iranienne ordinaire (avec la crainte des contrôles incessants menés par les Gardiens de la Révolution), l'ignominie et l'absurdité d'un régime totalitaire et, surtout, la question de l'intégrité. Dans le dossier de presse, Marjane Satrapi revient sur le processus ayant conduit du support papier à l'écran :
L'humour n'est pas oublié pour autant. Il atténue la charge potentiellement mélodramatique de l'histoire (c'est un peuple entier qui est opprimé, avec ce que cela implique de morts et d'injustice). Ces moments un peu plus légers ont eux aussi été pensés pour tirer profit des effets de mise en scène que permet le cinéma d'animation. Ainsi de cette séquence d'anthologie où Marjane, au sortir d'une dépression, se relève en chantant Eye of the Tiger. Ou encore de l'opposition entre un récit d'abord angélique - puis très exagérément négatif - de l'histoire d'amour avec un de ses amis (Marcus)."Il a fallu oublier la structure des quatre albums, repartir de zéro, construire tout à fait autre chose. Une bande dessinée n'est pas un story-board de cinéma. La bande dessinée est le seul moyen narratif avec images où le lecteur participe à la narration : il faut un travail d'imagination pour deviner ce qui s'est passé entre deux cases. Dans la BD, le lecteur est actif, au cinéma, le lecteur est passif. La narration étant différente - au cinéma, il y a le mouvement, le son, la musique -, le fond devait l'être aussi, forcément."
Des parti-pris parfois surprenants mais toujours pertinents
Le style visuel du film est proche de celui de la BD. Pendant les premières minutes, cela surprend car le passage au septième art aurait pu s'accompagner d'une refonte totale du graphisme. Mais, passé un court temps d'adaptation, le spectateur réalise la pertinence de ce choix esthétique qui sert parfaitement le propos de l'oeuvre. Les personnages sont expressifs sans être "cartoon". Le noir et blanc, quant à lui, offre des possibilités excitantes (contraste accru entre les deux teintes pour les scènes de guerre, jeux autour de la lumière quand la famille Satrapi, en ombres chinoises, s'enfonce dans les abris lors des bombardements de Téhéran, etc.). Sans même parler de certaines séquences surprenantes d'inventivité et d'efficacité, tel le récit de l'arrivée du Chah au pouvoir, avec des personnages sans épaisseur qui ressemblent à des marionnettes plaquées sur un décor.Dernier point qui mérite d'être évoqué : la bande son. Dans le petit monde de l'animation, on glose depuis longtemps sur le bien-fondé du doublage par des "vedettes" (de la chanson, du cinéma, etc.). Pour Persepolis, le casting est prestigieux : Chiara Mastroianni interprète Marjane, Catherine Deneuve sa mère et Danielle Darieux sa grand-mère, ... Qu'il s'agisse ou non de stars importe peu au final. Car ce que l'on retient au sortir de la salle, ce n'est pas le nom de tel ou tel doubleur ou le fait que les voix ont été enregistré avant la réalisation du film, mais la cohérence de l'ensemble. Preuve que la mayonnaise a pris et que le jeu des comédiens est en accord avec les images.
Jamais rébarbatif, Persepolis est divertissant tout en instruisant et en faisant réfléchir. A n'en pas douter, un grand film d'animation... et un grand film tout court !
Persepolis, réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Récit d'une jeunesse entre l'Iran et l'Occident sous la révolution islamique
A partir de 13 ans
Durée : 1h35
Sortie : 27 juin 2007
Bandes annonces et interviews des réalisateurs disponibles sur l'espace MySpace consacré au film
Pour aller plus loin :
- Article de Télérama consacré au "pari de Marjane"
- Rencontre filmée entre Télérama et Marjane Satrapi
- Entretien avec Marjane Satrapi sur BD Sélection, à la sortie du tome 2 de Persepolis
- De premiers avis sur le film
lundi, mai 14 2007
Someday's Dreamers, de Kumichi Yoshizuki et Norie Yamada
Par Morgan Magnin le lundi, mai 14 2007, 12:34 - Bandes dessinées
Synopsis : Etsuko Kikuchi est une grande magicienne qui a renoncé à faire usage
de ses pouvoirs. Mais sa fille, Yume est désormais en âge d'aller à
Tôkyô pour compléter son apprentissage de sorcière. Elle est placée, le
temps d'un été, sous la responsabilité de Masami Oyamada. Car dans ce
monde où la magie fait partie intégrante du quotidien, l'activité des
sorciers est placée sous la juridiction du Ministère de la Magie.
L'exercice de la magie est en effet indissociable de certaines règles
éthiques que Yume doit peu à peu intégrer. Les personnes qu'elle croise
l'amènent ainsi à repenser ses rêves et son rapport aux autres.
Someday's Dreamers est une bulle d'air frais dans une production japonaise surabondante (et parfois redondante). L'histoire ne repose pas sur des ressorts dramatiques très lourds, et c'est justement ce qui fait la force de ce titre : les auteurs ont choisi de nous présenter, en deux volumes, les expériences vécues par Yume lors de son séjour d'initiation, sans pathos inutile. Tout comme la jeune fille, le lecteur fait la rencontre de personnages attachants qui ont tous en commun cette volonté d'agir sur leur destinée. L'oeuvre, appuyée par le dessin tout en finesse de Kumichi Yoshizuki, constitue ainsi une vibrante invitation au rêve. Un propos bienvenu.
Someday's Dreamers, de Kumichi Yoshizuki et Norie Yamada
Série (terminée) en 2 volumes
Récit initiatique avec une pointe de fantastique
A partir de 11 ans
Editeur : Panini Comics
ISBN : 2-84538-452-1
mercredi, mai 2 2007
Rencontre avec Etienne Davodeau
Par Morgan Magnin le mercredi, mai 2 2007, 12:06 - Bandes dessinées
Mardi 16 janvier se tenait, à la médiathèque Diderot de Nantes, un débat avec Etienne Davodeau, auteur de BD à l'origine - entre autres - de Chute de Vélo, Rural ! ou, plus récemment, des Mauvaises gens.
Etienne Davodeau est un auteur "social". Une caractéristique qu'il cultive au fin des albums. Dernièrement, il s'est ainsi attaché à dépeindre le quotidien de trois agriculteurs qui décident de convertir leur exploitation à l'agriculture biologique (Rural !), le parcours syndicaliste de ses parents (Les Mauvaises Gens), le mouvement de protestation des ouvriers brestois en 1950 (Un Homme est Mort). Il ancre ses histoires dans le réel (l'action se situe de nos jours, dans des milieux allant de modeste à moyennement aisé) en leur donnant une valeur de témoignage. Plutôt que de puiser dans l'inspiration des autres (comme cela pourrait être le cas pour créer un western), il préfère partir lui-même d'une matière brute et la modeler. Une démarche valable non seulement pour les "reportages" BD qu'il réalise mais aussi pour les oeuvres de fiction auxquelles il donne naissance. Ainsi de Quelques jours avec un menteur pour lequel l'auteur a puisé deux éléments de son expérience personnelle (d'une part, les retrouvailles, à 30 ans, de vieux amis qui s'étaient promis de se retrouver dix ans après leur sortie du lycée ; d'autre part, la peur des attentats qui régnait dans le métro parisien en 1995).
Au cours de cette discussion animée par Georges Mérel, Etienne Davodeau est revenu sur ses influences (pas de véritable "maître" mais plutôt une tendance à picorer à divers endroits), sur la liberté qu'octroie un format sortant du traditionnel "48CC" (le fameux album type que la BD franco-belge a longtemps promu : 48 pages couleurs avec couverture cartonnée), sur le retour favorable que lui ont valu ses dernières créations, sur sa méthode quand il met en scène des personnes réelles (il leur soumet les planches et leur donne un droit de regard quand aux propos qu'il fait tenir à leur incarnation dessinée ; par contre, il verrouille son propre discours et refuse d'y apporter des modifications - si vraiment il y a blocage, alors il préfère mettre la planche à la poubelle), ...
Au final, une rencontre passionnante avec un auteur que je vous enjoins à (re)découvrir au plus vite !
jeudi, juin 15 2006
Annecy 2006 : envie d'un peu d'animation en plus ?
Par Morgan Magnin le jeudi, juin 15 2006, 13:50 - Festivals
Plusieurs des liens de mon précédent billet sur le Festival International du Film d’Animation d’Annecy 2006 conduisent vers des pages sur lesquelles vous pouvez visionner (légalement) les courts-métrages cités.
Voici toutefois un récapitulatif complémentaire (non-exhautif) de films à découvrir en ligne.
Les bandes annonces réalisées par les étudiants de l’école des Gobelins pour le festival
Des courts-métrages diffusés à Annecy
- Histoire Tragique avec Fin Heureuse, de Regina Pessoa : d’une sensibilité remarquable, cristal d’Annecy 2006 du court-métrage et prix TPS Cinéculte pour un court-métrage !
- Novecento pianiste, de Sarah Van den Boom : superbe adaptation de l’oeuvre de Baricco !
- Delivery, de Till Nowak (extrait seulement): prix Jean-Luc Xiberras de la première oeuvre !
- Flesh, de Edouard Salier (extrait seulement)
- La memoria dei cani, de Simone Massi
De jolis films de fin d’étude
- Astronauts, de Matthew Walker : hilarant, prix du meilleur film de fin d’étude !
- Abigail de Tony Comley : mention spéciale du jury !
- Le Moulin, de Florian Thouret : très poétique !
- Exit, de Xavier Aliot, Florian Bestel, Nicolas Chombard et Guillaume Roux : passionnant (et passionné) débat !
- Nocturne (rubrique “films”), de Guillaume Delaunay : une ambiance remarquable.
- Entre deux miettes, de Sylvain Ollier
- Le Bon Numéro, d’Aurélie Charbonnier : rondement mené.
- Fairy Berry, de Thomas Guittoneau, Yacine Sefsaf, Virginie Giroux et Ho Hung Yu : coloré !
- Clik-clak, d’Aurélie Fréchinos, Victor-Emmanuel Moulin et Thomas Wagner
- Carlitopolis, de Luis Nieto : si mignon, si cruel !
- Dynamo, de Fabrice Le Nezet, Mathieu Goutte et Benjamin Mousquet
- SuperMoine, de Julien Bagnol, Florian Landouzy et Sébastien Hô
- Wie ich mich traf (extrait seulement), de Angela Steffen
- Vampz, de Adrien Barbier, Lâm La Than et Adrien Annsley
- Virus de Baptiste Buonomo
- My Date from Hell, de Tim Weimann et Tom Bracht (extrait seulement)
Quelques clips
- Hyacinthe (Thomas Fersen), de Sébastien Cosset et Joann Sfar : prix du meilleur vidéoclip !
- Heartstopper (Emiliana Torrini), de David Lea
- Sunnyroad (Emiliana Torrini), de Ali Taylor
- Feel Good (Gorillaz), de Jamie Hewlett et Pete Candeland
lundi, juin 12 2006
Annecy 2006 : compte-rendu
Par Morgan Magnin le lundi, juin 12 2006, 13:48 - Festivals
Le trentième Festival International du Film d’Animation d’Annecy s’est tenu du 5 au 10 juin 2006, en présence d’invités prestigieux tels Tim Burton (producteur de l’Etrange Noël de Mr Jack, réalisateur des Noces Funèbres, …), Osvaldo Cavandoli (créateur de La Linea) ou encore Quino (auteur de la délicieuse Mafalda). Honneur était fait à l’Italie, à travers de nombreuses projections panoramas visant à faire (re)découvrir le dynamisme de nos voisins transalpins en matière de cinéma d’animation.
Plus de 270 films étaient en lice lors de cette édition d’une bonne tenue. Si l’on met de côté un système de réservation plus que perfectible pour les accrédités professionnels (ceux-ci devaient se connecter très régulièrement sur le site de la manifestation pour réserver leurs places avant de pouvoir les retirer au guichet adéquat… occasionnant des attentes répétées et parfois importantes), l’organisation était une fois de plus irréprochable. Le professionnalisme du festival annécien n’est plus à démontrer.
Où sont passés les Européens de l’Est ?
Une tendance générale pour commencer : au vu de cette cuvée 2006, l’animation mondiale tend à se concentrer autour de grands pôles (Europe de l’Ouest, Etats-Unis, Asie) au détriment de pays, autrefois plus largement représentés. On pense notamment aux productions d’Europe de l’Est, en net recul depuis plusieurs années, mais aussi aux réalisations africaines encore trop rares.
Question récurrente depuis près d’une décennie : qu’est-ce que l’essor de la 3D peut apporter au dessin animé ? En 2004, dans l’Officiel, Serge Bromberg (directeur artistique du festival) fustigeait la démultiplication de films aux formes et inspirations trop similaires et mettait en exergue le risque de lasser le public. Deux ans plus tard, force est de constater que le débat est plus que jamais d’actualité. La catégorie des Films de Fin d’Etude en est un parfait révélateur, de par la multitude de réalisations 3D proposées. Il semble en effet désormais indispensable aux étudiants en animation de disposer, sur leur carte de visite, d’un projet en 3D. Seules quelques écoles misent encore sur l’animation traditionnelle : La Poudrière en tête, avec un résultat bien souvent d’une grande tenue esthétique (à l’image de Nocturne, de Guillaume Delaunay). Même quand il s’agit du très bon Astronauts (prix du meilleur film de fin d’études), on peut légitimement se demander si la 3D était indispensable : ce qui distinguait ce film de ses concurrents, c’est son humour et sa mise en scène générale, pas véritablement son aspect technique.
L’un des dégâts collatéral de ce qu’il est tenu d’appeler “l’effet Pixar” est donc cette mode de la 3D. Pourtant, on oublie souvent que si l’entreprise de Steve Jobs (et les studios qui lui ont embrayé le pas, Dreamworks en tête) a réussi à démocratiser la 3D, c’est aussi - et surtout - grâce à un indéniable talent pour la scénarisation et la mise en scène… quand les réalisateurs 2D s’endormaient sur leurs lauriers. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si John Lasseter, devenu directeur de la branche animation de Disney, affirme à qui veut l’entendre qu’il compte bien redynamiser ce secteur, abandonné pour de mauvaises raisons.
L’hilarant court-métrage One-D de Michael Grimshaw (prix du jury junior) fait justement écho à cette problématique animation traditionnelle/animation 3D : il conte l’histoire de Bob et Diane, deux habitants d’un univers en une dimension qui vont au cinéma voir un film très “tendance”, en 2D.
Gageons donc qu’au fil des ans, le recours à la 3D se fasse avec plus de lucidité (discernement ?), pour de bonnes raisons (un apport artistique) plutôt que des mauvaises (suivre la mode, réduire les risques financiers).
Diversité des films de commandes
Les films de télévision ont vu triompher une très mignonne co-production espagnole et britannique, Pocoyo - “A little something between friends”. Le prix du vidéoclip a été décerné à Hyacinthe, réalisé par Sébastien Cosset et Joann Sfar, sur une chanson de Thomas Fersen (la sélection était de bon niveau, avec le fameux Feel Good de Gorillaz, deux clips poétiques d’Emiliana Torrini ou encore Les Petits Chiens d’Ignatus). Parmi les films publicitaires, c’est une réalisation engagée qui a été honorée : Human Ball, de Andreas Hasle, pour Médecins sans Frontières. Même engagement fort dans la catégorie des films éducatifs, scientifiques ou d’entreprise avec le couronnement de The Birds and The Bees - A secret you shouldn’t keep, sur le difficile thème des abus sexuels sur enfants.
Renaissance primé !
La sélection des longs métrages en compétition était, cette année, d’un redoutable classicisme : deux oeuvres françaises (le très gaulois Astérix et les Vikings et le plus osé Renaissance), deux japonaises (Origine et xxxHOLiC manasu no yo no yume, deux films de commande manquant malheureusement de relief) et une britannique (Wallace et Gromit - Le Mystère du Lapin Garou). Si le second long métrage du studio Aardman sort clairement du lot (grâce à son dynamisme, sa réalisation d’une redoutable efficacité ou encore ses multiples références au cinéma de genre), le jury lui a préféré Renaissance. Il faut avouer que Wallace et Gromit a déjà reçu l’Oscar du Meilleur Film d’Animation, est sorti en DVD dans de nombreux pays et a reçu un accueil digne de ce nom de la part du grand public ; ce n’est pas un prix de plus ou de moins qui changera véritablement la destinée d’Aardman. Le cas de Renaissance est différent : si le film a bénéficié, en France, d’une campagne publicitaire d’envergure, il n’a certainement pas encore touché l’ensemble de son coeur de cible. Ce prix devrait lui apporter en crédibilité et permettre aux producteurs et distributeurs d’envisager sereinement la prochaine sortie DVD ainsi que la vente du long métrage à l’international.
De nombreuses avant-premières
Pour découvrir des oeuvres résolument inédites, le public devait se tourner du côté des avants-premières. La plus impressionnante, en termes de moyens déployés, est sans nul doute celle de Monster House, réalisé par Gil Kenan (jeune réalisateur de 29 ans !), co-produit par Steven Spielberg et Robert Zemeckis : équipe de surveillance dépêchée de Paris pour l’occasion, passage au détecteur de métaux de chaque spectateur, surveillance de la salle pendant la projection à l’aide de lunettes infra-rouges afin de s’assurer qu’aucune image ne puisse s’échapper sur Internet. De telles mesures de protection contre le piratage sont-elles proportionnelles à la qualité intrinsèque du film ? Pas totalement : la réalisation est certes efficace, mais elle reprend avec trop d’insistance les clichés dans lesquels se complaît une frange du cinéma américain. Dans le genre, encore marginal, des films d’horreur à destination des jeunes spectateurs, Monster House (sortie en France le 23 août) devrait toucher sans peine son public. Les adultes, eux, resteront sur leur faim.
Trois films japonais étaient projetés en avant-première à Annecy avec, en toile de fond, la prise de conscience sociale et politique que peut provoquer le cinéma d’animation chez le spectateur : d’abord, Gen d’Hiroshima (adapté d’un manga de Keiji Nakazawa, l’un des premiers édités en France au début des années 80), puis Nagasaki 1945 The Angelus Bells et enfin Nausicaä, la Vallée du Vent (les spectateurs français devraient pouvoir découvrir ce film sur les salles obscures en août prochain, 22 ans après leurs homologues japonais !). Ces oeuvres mettent en évidence les ravages que l’être humain est capable d’infliger tant à la nature qu’à ses semblables. Elles tentent, à leur manière, d’adresser un message de vigilance et de paix aux jeunes générations.
Pour clore cette parenthèse dédiée aux avant-premières, signalons que le nouveau long-métrage de Michel Ocelot, Azur et Asmar, était lui aussi de la partie.
Des courts remplis d’émotions
Evoquons maintenant la catégorie la plus réjouissante, celle des courts-métrages. D’abord, une constatation : les différents programmes étaient très hétérogènes, ce qui a certainement nui à la partialité du prix du Public. Pour mieux comprendre les raisons d’une telle analyse, un bref rappel concernant le mode d’attribution de cette distinction s’impose : à la fin de chaque séance, le public est invité à voter pour le film qu’il a préféré ; c’est ensuite le film ayant recueilli le plus de suffrages qui emporte la mise. Les courts diffusés dans le cadre du programme 1 étaient très lourds (avec notamment la diffusion de Flesh, oeuvre choc d’Edouard Salier, qui voit des centaines d’avions s’écraser sur des gratte-ciels porteurs d’images pornographiques… symbole de la guerre dans laquelle notre monde semble s’enferrer). Dans cette programmation très noire, Dreams and Desires - Family Ties (de Joanna Quinn) faisait exception et apportait une bouffée d’humour. Sans remettre en cause la qualité évidente de cette oeuvre, les prix qu’elle a reçus (au nombre de trois !) sont certainement un peu trop nombreux en regard du reste de la sélection. On regrette ainsi que des titres tels que Printed Rainbow (par ailleurs primé dans le cadre de la Semaine de la Critique à Cannes 2006, de l’Indien Gitanjali Rao), Novecento : pianiste (de Sarah Van den Boom) ou encore Aldrig som första gangen! (de Jonas Andel, une magnifique illustration de ce que l’animation peut apporter au film documentaire, sachant que cette oeuvre met en images le témoignage de quatre personnes racontant leur première fois) n’aient bénéficié d’aucun coup de projecteur.
L’autre grand gagnant de la catégorie des courts, c’est (très logiquement) Histoire Tragique avec Fin Heureuse, de Regina Pessoa. Bénéficiant d’un nombre impressionnant de soutiens (Arte, Folimage, …), ce court narre avec beaucoup de sensibilité l’histoire d’une petite fille dont le coeur bat si vite et si fort qu’il perturbe le quotidien des personnes autour d’elles. Avec cette histoire inspirée de son propre vécu (sa mère est touchée par une maladie mentale), la réalisatrice a souhaité mettre en scène la différence. Déjà récompensé dans le cadre du concours international de projets lors d’Annecy 2001, Histoire Tragique avec Fin Heureuse reçoit cette fois le prix du meilleur court-métrage : un parcours décidément irréprochable de bout en bout.
Prochaine édition : du 11 au 16 juin 2007
Un compte-rendu du festival d’Annecy ne saurait être complet sans quelques mots pour les nombreuses manifestations autour du cinéma d’animation organisées pour l’occasion : projections en plein air sur écran géant (avec des têtes d’affiche telles que Mary Poppins, L’Âge de Glace 2 ou encore Kiki, la petite sorcière), expositions dédiées à Yoshitaka Amano, à La Linea, à Mafalda.
Comme à l’accoutumée, le Festival était par ailleurs jumelé au Marché International du Film d’Animation (MIFA) qui se tenait du 7 au 9 juin au Palace de l’Impérial. L’occasion pour les professionnels du secteur de vendre leurs projets auprès de maisons de production ou de chaînes de télévision. Un nombre conséquent de conférences et d’ateliers était organisé en parallèle.
Terminons en saluant l’ouverture, le 2 février dernier, de la Cité de l’Image en Mouvement (CITIA) dans la région annécienne. En 2006, CITIA propose une exposition de circonstance, sur “le cinéma d’animation à l’heure italienne“. Gageons que ce nouveau lieu de culture donnera lieu à de fructueux échanges entre auteurs et grand public.
Pour aller plus loin, d’autres compte-rendus du Festival International du Film d’Animation 2006 :
- Annecy 2006, vu par Morgan de Mangaverse
- Dossier du site AnimeLand.com
- Blog spécial dédié au festival
- Le MIFA vu par Yenaphe, scénariste
- Article publié par Libération
- Anim’Annecy
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