Compte-rendu du Festival International du Film d'Animation d'Annecy 2007
Par Morgan Magnin le mardi, juin 19 2007, 15:46 - Festivals - Lien permanent
Le 31e Festival International du Film d'Animation s'est tenu à Annecy du 11 au 16 juin 2007. Comme à l'accoutumée, l'événement était associé au MIFA, marché donnant l'occasion aux acheteurs, sociétés de production et porteurs de projet de se rencontrer qui s'est, quant à lui, déroulé du 13 au 15 juin au toujours très luxueux Palace de l'Impérial, sur les bords du lac.
L'ampleur de la manifestation annécienne ne se dément pas. La cité haut-savoyarde a accueilli plus de 6000 accrédités qui ont pu découvrir 182 films en compétitions (9 longs métrages, 51 courts, 51 films de fin d'études et 71 films de commande), auxquels il faut ajouter 16 longs métrages hors compétition et 51 courts projetés dans le cadre de séances "panorama". Précisons donc de suite qu'il n'est pas possible de faire un compte-rendu exhaustif du Festival à moins de dépêcher sur place une équipe composée de plusieurs personnes.
Conscients de cette limite, Univers partagés tenait malgré tout à être au rendez-vous. Nous nous concentrerons sur les axes du Festival qui nous ont paru particulièrement dignes d'intérêt. Pour un point de vue détaillé sur des aspects complémentaires à ceux que nous avons choisi de développer, nous vous invitons à consulter les papiers que nos confrères consacrent à Annecy 2007 (voir la section "Pour aller plus loin" à la fin de cet article).
Arrêtons-nous d'abord sur le pays - ou plutôt devrais-je dire les pays - à l'honneur cette année : le Bénélux. Cette mise en avant s'est traduite par la présentation de différents programmes de courts métrages dédiés aux quatre entités culturelles que sont le Luxembourg, les communautés flamande et francophone de Belgique et les Pays-Bas, la mise en place d'une exposition sur liens entre BD belge et animation et une exposition permanente sur les créations bénéluxiennes à la toute récente Cité de l'Image en Mouvement CITIA (inaugurée l'an dernier).
Les longs métrages se taillent la part du lion
Le choix artistique le plus fort de cette édition 2007 est l'accent particulier mis sur les longs métrages. Devant le succès croissant que rencontre le long métrage d'animation en salles, le comité d'organisation "souhaite l'accompagner vers son âge d'or", sans pour autant délaisser les courts. Cette volonté s'est concrétisée par l'élargissement du nombre de films en compétition (neuf cette année contre quatre ou cinq jusqu'à présent), la création d'un jury dédié mais aussi d'un prix du public, l'organisation de rencontres quotidiennes entre les équipes des films et les professionnels, l'augmentation du nombre de projections par film et, enfin, la projection de nombreux longs métrages hors compétition (notamment le tchèque One Night in One City, le japonais Fullmetal Alchemist the movie "The Conqueror of Shamballa" ainsi que le nouveau Disney Bienvenue chez les Robinsons). Cette mise en valeur des longs métrages, aussi justifiée soit-elle, a néanmoins souffert de quelques défauts que l'équipe d'organisation serait inspirée de corriger d'ici l'an prochain. D'abord, la multiplication des longs hors compétition ne s'est pas faite à qualité constante. La présence de certains films - Le Tueur de Montmartre de Borislav Sajtinac en tête - dans la sélection officielle avait de quoi susciter des interrogations. Ensuite, certains films très attendus (notamment Persepolis) n'ont pas pu être projetés à Annecy, du fait de la concurrence de Cannes : les festivaliers ont eu, à la place, un simple os à ronger, sous la forme d'une conférence "Making Of" décevante car reprenant, visuellement parlant, les documents proposés sur le site officiel du film. Enfin, le public était invité, à l'issue de chaque séance, à donner une note allant de 0 à 2 à l'oeuvre à laquelle il venait d'assister. Cette échelle ne permettait guère de modulation et la tentation était grande de donner la note médiane ("1") à quasiment tous les films en compétition.
Trois films japonais étaient en compétition, symboles du dynamisme de la production nipponne (même si Brave Story faisait pâle figure face à Paprika et La Traversée du Temps), la France était représentée par l'incontournable Azur et Asmar (de Michel Ocelot, déjà primé en 1999 pour Kirikou et la Sorcière), sans oublier le reste de l'Europe (Norvège, Grande Bretagne, Suisse), les Etats-Unis, mais aussi la Thaïlande. Au final, trois films furent primés, deux orientés jeunesse (le norvégien Slipp Jimmy Fri et le suisse Max & Co qui reçut les acclamations du public) et un destiné à un public adolescent/adulte (La Traversée du Temps, dans les salles françaises à compter du 4 juillet). Nous regretterons que le jury n'ait pas été plus sensible au charme complexe de Paprika - certainement l'oeuvre la plus riche de toute la sélection - ou au propos résolument humaniste de Michel Ocelot. Mais, comme à son habitude, le festival a préféré mettre en avant un film menacé d'être mésestimé plutôt que de récompenser une oeuvre qui a déjà reçu un succès public ou critique. Un choix qui se justifie pleinement, mais dont on regrettera qu'il ne s'applique pas aussi aux courts métrages.
Courts métrages : le rouleau compresseur Pierre et le Loup
Les courts métrages, justement, ont vu triompher, sans véritable gloire, Pierre et le Loup (disponible en France en DVD), oeuvre déjà distinguée dans plusieurs manifestations. Le film de Suzie Templeton, réalisé à l'aide de marionnettes, est une réussite esthétique ; le scénario, très connu, est heureusement sauvé par une réalisation qui sait ménager des moments d'humour. Le prix du public lui était d'avance acquis.
Pour expliquer cela, ouvrons une petite parenthèse sur la manière dont ce prix est attribué. Les 51 courts en compétition sont répartis dans 5 programmes, projetés tout au long de la semaine. A l'issue de chaque séance, le public est invité à choisir le film qui l'a le plus séduit parmi la dizaine de courts qu'il a visionnée. Pierre et le Loup figurait dans le programme n°2, un programme dont la particularité était de rassembler un grand nombre d'oeuvres expérimentales, difficiles à appréhender. Naturellement, un unique film émergeait de cette sélection... et, comme on pouvait s'y attendre, c'est lui qui, à l'issue de la compétition, a rassemblé le plus grand nombre de suffrages. D'autres programmes étaient beaucoup plus relevés. Nous pensons notamment au numéro 3, qui rassemblait L'Homme de la Lune (la nouvelle création de Serge Élissalde, qui repartit malgré tout avec un prix de consolation : le prix Canal +), le Moya lyubov (le nouveau Alexander Petrov, auteur russe qui a obtenu, en 2000, l'Oscal du meilleur court pour son adaptation du Vieil Homme et la Mer) et des premières oeuvres particulièrement convaincantes (à l'instar de The Tale of How, Mention Spéciale du jury, ou encore de Devochka Dura, prix "Jean-Luc Xiberras" de la première oeuvre). Au vu de la qualité générale de ce programme, les voix du public se sont nécessairement éparpillés sur différents films plutôt que de se rassembler sur un seul. La question du procédé retenu pour la désignation du prix du public est donc posée.
Autre interrogation que soulève le palmarès 2007 : afin de favoriser la diversité des films primés à Annecy, le Prix du Jury ne devrait-il pas être différent du Prix du Public ? Étant donné le bon niveau de la compétition 2007 et le nombre d'oeuvres restées sur le carreau, on ne peut que regretter qu'un seul film recueille à lui seul les deux récompenses les plus prestigieuses du festival. Ce problème, récurrent depuis plusieurs années (l'an dernier, c'est Dreams and Desires - Family Ties, de Joanna Quinn, qui cumulait les lauriers), ne saurait être résolu par la multiplication des prix (17 récompenses décernées cette année !).
La bonne tenue des films de fin d'études
Les années passent et la catégorie des films de fin d'études poursuit son internationalisation. Une tendance dont on ne peut que se féliciter. Elle témoigne de la vitalité de l'animation non seulement dans les régions dotées d'une forte tradition en la matière (Europe, États-Unis, ...) mais aussi dans les pays émergents (Corée-du-Sud, Inde). En marge des encore trop nombreuses oeuvres en 3D (mais l'exercice continue, à l'heure actuelle, d'être un passage obligé pour tout jeune animateur qui souhaite mettre toutes les chances de son côté lors de son entrée dans la vie active) étaient proposés des films réjouissants de créativité. Adjustment, de Ian Mckinnon, mélange animation d'objets, prises de vue réelles et animation par ordinateur, pour une réflexion saisissante sur la distance entre la représentation d'une histoire amoureuse par le dessin et la réalité de cette histoire. Le hongrois Eletvonal tirait lui aussi son épingle du jeu : des personnages dévalent des lignes, celles de leur vie, en évoluant en parallèle, en se croisant, en se séparant.
Par les oeuvres qu'il a souhaité mettre en avant (t.o.m, Milk Teeth, The Wrath of Cobble Hill, Beton), le jury a témoigné de son goût pour les approches esthétiques originales (Nicolas De Crecy, membre de ce jury, n'y est sans doute pas étranger). Une démarche qui ne fait pas l'unanimité mais qui a le mérite de la cohérence.
Le reste du palmarès
Terminons ce tour d'horizon de la compétition officielle en évoquant rapidement les films de télévision et les films de commande. Dans la première catégorie, c'est un futur classique, Shaun the Sheep qui a été distingué. Le petit dernier de Aardman est centré sur les aventures du mouton que Wallace et Gromit rencontraient dans le court A Close Shave. L'épisode projeté à Annecy (Still Life) est caractéristique de l'humour décalé qui fait le succès du studio britannique. Le prix du film éducatif est revenu au néerlandais Bloot Seks, sur les premières expériences sexuelles d'adolescents et le prix du film publicitaire est allé à United Airlines "The Meeting". Enfin, le français Gérald Gentil a très logiquement remporté le Prix du Vidéoclip pour Plaire.
A l'heure du bilan
Que retenir de cette cuvée 2007 ? Un festival une nouvelle fois très riche, un rendez-vous incontournable tant pour les professionnels que pour les passionnés de cinéma d'animation, une manifestation qui assure, avec beaucoup de réussite, la promotion de l'animation sous toutes ses formes. Devant l'importance nouvelle accordée aux longs métrages, certains craignaient qu'Annecy oublie son rôle de promoteur du patrimoine historique de l'animation, voire cède corps et âmes aux sirènes de la production de masse (à ce sujet, la place consacrée à Pixar tout au long du Festival est révélatrice). Cette prophétie ne s'est heureusement pas réalisée. Mais les habitués de la manifestation annécienne devront être vigilants, dans les années à venir (à commencer par l'édition 2008 qui, du 9 au 14 juin, célébrera l'Inde) pour que le festival ne déroge pas de cette ligne de conduite. Car, comme le dit Vincent Paronnaud dans le making-of de Persepolis, c'est de la culture indépendante qu'émergera la production animée de demain. Et c'est en laissant un espace de liberté et d'expression à cette culture underground qu'on favorise l'apparition de nouveaux talents.
Pour aller plus loin :
- La Bibliothèque Publique d'Information poursuit son partenariat avec le Festival. Elle proposera du 29 juin au 2 juillet une sélection de programmes inspirés par Annecy. C'est ainsi que les Parisiens pourront découvrir les courts et longs métrages primés, retrouver des programmes tels que "L'animation citoyenne : dépassons nos frontières" ou "Animation et désir".
- Le dossier annuel consacré au Festival d'Annecy, par Morgan du site Mangaverse.
- Le compte-rendu du site Anim'Annecy
- Le palmarès de cette 31e édition agrémentée d'extraits vidéos de chacun des oeuvres primées et la p'tite sélection personnelle de Magali
- Les discussions autour de la compétition des Longs Métrages, des Courts Métrages et des autres catégories sur le forum des Fous d'Anim'
- Les génériques projetés avant chaque séance au cours du festival et réalisés par les étudiants de Gobelins, l'École de l'Image




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